
L’Afrique du Sud à la guerre
La force aérienne sud-africaine, Union Defence Force (UDF), fut créée deux ans seulement avant le début de la Première Guerre mondiale et mise sur pied pour défendre le territoire sud-africain.
En août 1914, environ 6 000 soldats britanniques en garnison en Afrique du Sud furent libérés pour servir en France, laissant la défense de l’Afrique du Sud entièrement entre les mains de l’UDF. À peu près à la même époque, certains Sud-Africains qui voulaient se battre rejoignirent des unités britanniques présentes en Europe et ailleurs en Afrique.
L’Union d’Afrique du Sud déclara la guerre le 12 septembre 1914, et se préparait à envahir le Sud-Ouest africain allemand (actuelle Namibie) avec le concours de navires de guerre britanniques.
Le 18 septembre, l’Afrique du Sud mena la toute première attaque par mer de grande envergure, faisant débarquer des soldats dans le Sud-Ouest africain allemand, et s’empara de la baie de Lüderitz le lendemain, sans rencontrer de résistance. Après plusieurs batailles et une défaite sud-africaine à Sandfontein, la colonie allemande se rendit le 9 juillet 1915. Cette décision marqua la première victoire des Alliés lors de la Première Guerre mondiale. L’UDF envoya environ 50 000 soldats contre 9 000 pour les Allemands et remporta la victoire en subissant un minimum de pertes.

Le 7 octobre 1914, quelques rebelles sud-africains signèrent un traité avec l’Allemagne en vue de créer une nouvelle Afrique du Sud, indépendante de la Grande-Bretagne. La loi martiale est déclarée le 14 octobre et 32 000 soldats sont mobilisés pour réprimer cette rébellion menée par environ 12 000 Sud-Africains. Après quelques escarmouches et une aide modeste des troupes coloniales allemandes, les troupes rebelles se rendirent le 30 janvier 1915.
Au début de 1916, les forces sud-africaines rejoignirent les Britanniques et devinrent le corps principal des forces alliées en Afrique de l’Est. Jan Smuts arriva à Mombasa le 19 février pour prendre le commandement. Il poussa les forces allemandes dirigées par le général Paul Emil von Lettow-Vorbeck hors de l’Afrique orientale britannique et, finalement, hors de l’Afrique orientale allemande. Il ne réussit cependant à obtenir que les Allemands déposent les armes que le 25 novembre 1918. Le revers subi par von Lettow-Vorbeck face à l’Afrique du Sud fut la dernière défaite d’un général allemand pendant la Première Guerre mondiale.
Devant la nécessité de renforcer les forces alliées en Égypte, les Sud-Africains en route pour combattre en Europe furent redirigés vers l’Égypte, à la toute fin de 1915, en raison de leur expérience de guerre en plein désert dans le Sud-Ouest africain allemand.
Le 23 janvier 1916, les forces sud-africaines rejoignirent les forces britanniques et d’autres forces du Commonwealth pour combattre les Senoussi. Après une première victoire, les Sud-Africains entamèrent une longue marche qui devait les mener au combat à la fin du mois de février. Une autre victoire fut remportée en mars, écartant ainsi la menace des Senoussi et ouvrant la voie vers le port d’El Salloum. Le 10 avril 1916, la brigade d’Afrique du Sud quitte l’Égypte pour la France.

Après une phase d’entraînement à la guerre des tranchées en France, la première brigade d’infanterie sud-africaine rejoignit les combats sur le front occidental, prenant part à la bataille la plus intense que l’Afrique du Sud ait connue pendant la Première Guerre mondiale. Dans la région de la Somme, le 6 juillet 1916, les forces sud-africaines entrèrent dans le bois de Bernafay pour relever les forces britanniques qui l’avaient conquis. Le 8 juillet, la brigade sud-africaine aida à sécuriser le bois des Trônes, subissant plus de 200 pertes.
Au début de la deuxième phase de la bataille de la Somme, les forces sud-africaines furent confrontées à ce qui allait devenir la plus mémorable des batailles qu’ils menèrent pendant la Première Guerre mondiale. La 9e Division britannique avait pour objectif de s’emparer de la ville de Longueval qui se trouvait en bordure d’une petite forêt, le bois Delville. La ville étant bordée par le bois Delville, il était donc impossible de tenir la ville sans que la forêt soit également aux mains des Alliés.
Le 14 juillet 1916, la brigade sud-africaine reçut l’ordre de prendre et de tenir à tout prix le bois Delville. À l’époque, après environ 1 000 pertes subies en France les jours précédents, la brigade comptait un peu plus de 3 000 hommes, ayant reçu environ 500 hommes en renfort. Le 20 juillet, la brigade sud-africaine est relevée par la 76e brigade de la 3e Division. L’appel nominal qui s’en est suivi révéla que la force sud-africaine était réduite à moins de 800 hommes.
Au cours de cette semaine de combat, la brigade sud-africaine avait réussi à tenir le bois Delville malgré un pilonnage intensif et des attaques répétées de la part des Allemands. Parfois, les tirs d’artillerie dépassaient 6 obus par seconde, un rythme maintenu pendant des heures.
En octobre 1916, les forces sud-africaines prirent part à une attaque sur une colline appelée la Butte de Warlencourt, subissant 1 150 pertes en dix jours. Au cours de la période de « guerre de tranchées » qui suivit, la brigade sud-africaine subit plus de 200 pertes près d’Arras.
Le 20 février 1917, le SS Mendi quitte Plymouth pour Le Havre, transportant les hommes du South African Native Labour Contingent (SANLC). Par un épais brouillard, le SS Darrow entra en collision avec le SS Mendi très tôt le 21 février. Plus de 600 soldats sud-africains périrent.
Lors de l’offensive de Haig menée au printemps, ce qui restait de la première brigade sud-africaine avança aux côtés de la 9e Division du 17e Corps d’armée, au début du mois d’avril 1917. Au moment où la 4e Division entra dans Fampoux le 12 avril, la brigade sud-africaine subit 694 autres pertes.
Les forces sud-africaines ont participé avec la 9e Division aux attaques de la crête de Messines et d’Ypres avant d’être mises au repos le 22 septembre 1917. Le 13 octobre, la brigade sud-africaine fut envoyée à Passchendaele avant d’être de nouveau mises au repos, et le 1er décembre, elle retourna sur le front à Gauzeaucourt.
En juillet 1918, le 1er bataillon sud-africain du Cape Corps est affecté à la 160e brigade d’infanterie britannique. Le Cape Corps participa au combat le 19 août contre l’armée turque près de Ramallah. Lors d’une offensive en septembre 1918, le Cape Corps s’empara de Square Hill le 19 septembre.
Lorsque l’offensive allemande du printemps débuta le 21 mars 1918, les soldats sud-africains restants occupèrent près de deux kilomètres de la ligne de front (nord) de la 21e Division. Au cours des deux premiers jours de l’offensive allemande, les forces sud-africaines ont perdu 900 hommes lors des retraits de combat. Le 24 mars, la brigade ne comptait plus que 500 hommes environ et reçut l’ordre de tenir à tout prix une crête proche du bois de Marrières. Les bombardements subis pendant la journée ont fait passer la brigade à 100 hommes, pour la plupart des blessés. Ayant peu de munitions, la première brigade sud-africaine se rendit.
David Rilley-Harris
Musée national d’histoire militaire de Ditsong
Bibliographie
Couzens, T. : The Great Silence: From Mushroom Valley to Delville Wood, South African Forces in World War One, Art Publishers, Midrand, 2014.
Nasson, B. : WW1: And the People of South Africa, Tafelberg Publishers, Le Cap, 2014.
Union of South Africa and the Great War, 1914-18: Official History, État-major général du quartier général de la Défense, Pretoria, 1924.