
Le Portugal dans la Première Guerre mondiale
La Première Guerre mondiale, connue au Portugal sous le nom de la Grande Guerre, a marqué l’histoire moderne du Portugal, de l’Europe et du monde. Ce conflit a entraîné de profonds changements politiques, économiques, sociétaux et culturels, tant pendant qu’après le conflit.
Lorsque l’Empire austro-hongrois a déclaré la guerre à la Serbie, le 28 juillet 1914, les alliances européennes de l’époque se sont mobilisées et le conflit n’a pas tardé à impliquer la majeure partie du continent européen, tout en affectant les dominions, les colonies et les territoires du monde entier.
Le Portugal n’a pas immédiatement participé à la Première Guerre mondiale, ce qui peut être analysé de différentes manières. Le gouvernement portugais, influencé par son alliance avec la Grande-Bretagne (la plus ancienne alliance diplomatique au monde), a été persuadé par la Grande-Bretagne de s’abstenir publiquement de déclarer sa neutralité dans le conflit, une position officielle qui a laissé le pays dans une situation ambiguë, le pays étant ni neutre ni belligérant.
Les combats en Afrique
Bien que le Portugal fut d’abord neutre, le début de la guerre a mis en évidence le fait que le pays devait défendre sa souveraineté nationale dans ses territoires coloniaux africains, comme l’Angola et le Mozambique, qui bordaient les colonies allemandes d’Afrique du Sud-Est (Namibie) et d’Afrique de l’Est (Tanganyika).
Le 25 août 1914, à la frontière nord du Mozambique, les Allemands ont attaqué le poste portugais de Maziúa, sur la rivière Ruvum, marquant le début des hostilités allemandes contre le Portugal en Afrique. Le gouvernement portugais, sans déclarer la guerre, a décidé de renforcer ses défenses en Angola et au Mozambique. Les premières expéditions militaires ont été envoyées en Afrique le 11 septembre, commandées par le lieutenant-colonel José Augusto Alves Roçadas (1865-1926) en Angola et le colonel Pedro Massano de Amorim (1862-1929) au Mozambique. Ces forces sont arrivées en Angola à la fin septembre et au début octobre au Mozambique.
Dans le sud de l’Angola, de petits affrontements entre soldats portugais et allemands se sont intensifiés. Le 19 octobre, trois Allemands ont été tués à un poste frontalier. La réponse allemande fut immédiate : le 31 octobre, les Allemands ont attaqué le fort de Cuangar, tuant vingt et un Portugais. Le 18 décembre, la bataille de Naulila a commencé par une forte attaque allemande, causant la mort de soixante-neuf Portugais et le retrait des forces militaires portugaises.
Action sur le front européen
En 1916, la position du Portugal face à la guerre a changé du tout au tout. Le 17 février 1916, le gouvernement britannique a demandé aux Portugais de saisir tous les navires allemands amarrés dans les ports portugais. Le Portugal a publié un décret contenant ces instructions six jours plus tard.
En réponse à la saisie de leurs navires, l’Allemagne a officiellement déclaré la guerre au Portugal le 9 mars. L’arrivée des militaires portugais au sein de la guerre européenne a alors commencé à prendre forme. Le jeune régime républicain n’était arrivé au pouvoir qu’en 1910, après l’effondrement de la monarchie portugaise, et était déterminé à se battre aux côtés de la Grande-Bretagne et des forces alliées.
Suite à la déclaration de guerre, le Portugal a intensifié la mobilisation et l’entraînement de son armée, ordonnant que tous les hommes âgés de vingt à quarante-cinq ans n’étant qui n’étaient pas encore inscrits pour le service militaire le fassent immédiatement.
La création du Corpo Expedicionário Português (CEP)
La création du Corpo Expedicionário Português (le Corps expéditionnaire portugais) a été l’un des événements les plus remarquables de l’histoire militaire portugaise moderne. Malgré certaines restrictions et d’énormes difficultés, entre avril et juillet 1916 a eu lieu ce que l’on a appelé le Miracle de Tancos. La nouvelle force fut placée sous le commandement du ministre de la gGuerre, le général José Norton de Matos (1867-1955), puis du général Fernando Tamagnini de Abreu (1856-1924).
Ce « miracle » est à l’époque la description que l’on a donnée à la formation et à l’entraînement accélérés d’environ 20 000 hommes dans un grand camp improvisé situé près du Tage. Ce centre d’entraînement fut connu sous le nom de « Cité de Paulona », en raison des centaines de tentes de campement avec leurs poteaux de bois (pau) et leurs couvertures de toile (lona). L’objectif principal du Miracle de Tancos était de démontrer le potentiel de l’armée portugaise, afin de convaincre les Britanniques et les Français d’accepter le CEP comme unité de combat sur le front occidental.
Le 3 janvier 1917, le Portugal et la Grande-Bretagne signent un accord sur les conditions de la participation portugaise au conflit, stipulant que les forces du PEC seront envoyées en France. Le CEP comprenait deux divisions de trois brigades chacune, soutenues par des unités d’artillerie, de génie et de santé. Il a été décidé que le CEP serait placé sous le commandement de la première armée du Corps expéditionnaire britannique.
À la fin du mois de janvier 1917, les soldats portugais commencent à embarquer dans des transports à destination de la France. Leur destination était la région des Flandres, située entre le canal de La Bassée et la rivière Lys. Les unités militaires ont été placées dans des zones de concentration, à l’arrière du secteur britannique. C’est là qu’a commencé la phase suivante de leur instruction militaire, suivie d’un stage dans les tranchées afin de les acclimater aux conditions difficiles et mortelles. En l’espace de six mois, plus de 50 000 soldats portugais sont arrivés sur le front occidental.

Combattre dans les tranchées en 1917 et en 1918
Les premières troupes du CEP sont entrées dans les tranchées au début du mois d’avril 1917 et quelques jours plus tard, le 4 avril, le premier soldat portugais sur le front européen a été tué : António Gonçalves Curado du 28e Régiment d’infanterie (Figueira da Foz).
Opérant dans des conditions extrêmement difficiles et subissant des bombardements et des attaques constants, les premiers mois de la guerre de tranchées ont été très difficiles pour les Portugais. Les longues périodes passées dans les tranchées, les problèmes logistiques, la rigueur de l’hiver suivant et le manque de renforts ont entraîné une forte démoralisation et un manque de discipline parmi les soldats des brigades portugaises.
La situation du CEP était si difficile que le commandement britannique a ordonné le remplacement des unités portugaises. Cette décision n’a cependant pas été prise suffisamment tôt pour éviter l’épisode le plus marquant de la participation du Portugal à la Première Guerre mondiale.
L’ordre de remplacement a été reçu le 8 avril 1918, mais aux premières heures du matin du 9 avril, les Allemands ont lancé l’offensive qui a commencé la bataille de la Lys (quatrième bataille d’Ypres) ou, comme les Allemands l’appellent, l’opération Georgette. Le général Erich Ludendorff (1865-1937) était chargé de planifier l’attaque allemande et le général Ferdinand Von Quast (1850-1934), de l’exécuter. La 6e Armée allemande, qui a commencé l’opération par un bombardement intense entre La Bassée et Armentières, a attaqué plusieurs divisions britanniques et la 2e Division portugaise entre le canal de La Bassée et la Lys.
La bataille de La Lys a duré jusqu’à la fin du mois d’avril et a décimé les forces portugaises. Bien que les sources soient contradictoires, on estime qu’environ 1 300 personnes ont été tuées, 4 600 blessées et 2 000 portées disparues. Plus de 7 000 soldats portugais ont aussi été faits prisonniers par les troupes allemandes.

L’armistice du 11 novembre 1918
Le 11 novembre 1918, l’Armistice de Compiègne a été signé entre les nations alliées et l’Allemagne, entraînant la cessation temporaire des hostilités. Malgré le désastre de la bataille de La Lys, à la fin de la guerre, le Portugal avait sécurisé ses colonies africaines de l’Angola et du Mozambique et le gouvernement républicain est demeuré engagé auprès des nations alliées. Il était donc impératif de poursuivre dans la même voie que les vainqueurs de la guerre.
Après la signature du Traité de Versailles, en 1919, le Portugal a défilé aux côtés de ses alliés lors du Défilé de la Victoire à Paris le 14 juillet, à Londres le 19 juillet et à Bruxelles le 22 juillet.
La participation du Portugal à la Première Guerre mondiale a été marquée par l’absence d’une infrastructure militaire solide et préexistante, d’un soutien logistique suffisant et d’une base industrielle et technique capable de répondre aux besoins de ses forces expéditionnaires en Afrique et de la CEP en Europe. Le Portugal a donc dû déprendre de son allié britannique au point de vue logistique, technique, industriel et même financier jusqu’à la fin de la guerre.
Entre 1914 et 1918, 105 000 soldats portugais ont été mobilisés sur les fronts d’Afrique et d’Europe. Plus de 11 000 personnes ont perdu la vie (chiffre qui inclut les troupes africaines des forces coloniales du Portugal), 16 000 ont été blessées et près de 11 000 sont devenues des prisonniers de guerre. Ces pertes sont l’expression ultime de la participation du Portugal à ce conflit dévastateur.
En souvenir de ces soldats, et en particulier de ceux qui ont perdu la vie, le Portugal a fait du 9 avril le jour de la célébration de la force et de la bravoure du soldat portugais.
Cette date, officiellement connue sous le nom de Journée du combattant, mais anciennement connue sous le nom de Journée de l’effort de course, est célébrée lors d’une cérémonie officielle au monastère de Batalha, où se trouve depuis 1921 la Tombe du Soldat inconnu portugais. Il est intéressant de noter que cette tombe contient les corps de deux soldats : l’un provenant du Mozambique et l’autre de la France. L’ensemble monumental à la mémoire du Soldat portugais est composé du Tombeau, de la Flamme de la Patrie et du Christ des tranchées, une représentation religieuse d’un Christ mutilé de la région française de Neuve-Chapelle, qui a enduré les bombardements allemands pendant la guerre, et qui a été transféré au Portugal en 1958.
Le jour du Souvenir, ou jour de l’Armistice, est également commémoré au Portugal tous les 11 novembre. Des cérémonies du Souvenir sont organisées aux monuments de la Première Guerre mondiale de tout le pays et, en particulier, une cérémonie militaire a lieu dans la ville de Lisbonne.
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