
République tchèque à la guerre
Pendant la guerre, environ 8 millions de soldats ont été mobilisés à travers le territoire de l’Empire austro-hongrois. Près de 1,2 million de ces soldats ont été tués durant la guerre. L’armée austro-hongroise était très diverse, regroupant des Allemands (25 %), des Hongrois (23 %), des Tchèques (14 %), des Serbes et des Croates (9 %), des Polonais (8 %), des Ruthènes/Ukrainiens (8 %), des Roumains (7 %), des Slovaques (4 %), des Slovènes (2 %) et des Italiens (1 %).
Environ 1,2 million de soldats de nationalité tchèque ont été mobilisés et près de 160 000 ont péri au combat. Autour de 300 000 soldats (Tchèques, Allemands et Polonais) originaires des pays tchèques (Bohême et Moravie) ont perdu la vie. Dans le territoire de la Slovaquie, quelque 400 000 soldats ont été mobilisés (environ 310 000 Slovaques et 100 000 Hongrois). Parmi ceux-ci, des sources indiquent que 69 000 soldats ont été tués ou sont décédés pendant la guerre. Grâce à ces données, il est possible d’estimer à environ 385 000 le nombre de soldats tués sur le territoire de la future Tchécoslovaquie (y compris les Ruthènes/Ukrainiens de la Ruthénie subcarpathique). Ce chiffre est une estimation, car il est impossible de déterminer le nombre de ceux qui sont morts dans les camps de prisonniers de guerre (en Russie, en Serbie et en Italie). Il va sans dire qu’un grand nombre de ces prisonniers n’auraient pas été répertoriés dans les listes des pertes établies pendant et après la guerre.
Outre l’armée austro-hongroise, des Tchèques et des Slovaques ont également péri au sein des rangs des armées de l’Entente. Ils figuraient dans les rangs des armées russe, française, italienne, ainsi que dans les armées serbe (1 400 hommes) et britannique (environ 1 000 hommes). On estime que près de 32 000 soldats d’origine tchèque et slovaque auraient servi directement dans les rangs de l’armée américaine. Leurs exploits ont considérablement contribué à la reconnaissance de la résistance politique tchécoslovaque contre la monarchie austro-hongroise et, à la fin de la guerre, à la création même de la République tchécoslovaque.
Au début de la guerre, ces unités étaient composées de résidents locaux. Puis, progressivement, des prisonniers de guerre de nationalité tchèque et slovaque les ont rejoints. La toute première unité a vu le jour en Russie tsariste, puis en France et, au printemps 1918, en Italie.
À leur retour, les soldats affectés à ces unités en France et en Italie se sont retrouvés dans la nouvelle République tchécoslovaque. Ils ont contribué à sécuriser les frontières de la nouvelle République en Bohème, dans la région de Cieszyn contre la Pologne en janvier 1919, puis sur le territoire de la Slovaquie et de la Ruthénie subcarpathique contre la Hongrie jusqu’en juillet 1919. Environ 10 000 soldats étaient déployés dans les légions tchécoslovaques en France, et près de 650 d’entre eux y ont laissé leur vie. Environ 19 500 soldats ont servi dans les légions tchécoslovaques en Italie, et 410 d’entre eux ont été tués ou portés disparus. Bien entendu, ces unités ont subi d’autres pertes au combat sur le territoire de la Tchécoslovaquie. Suite aux batailles en Slovaquie contre l’Armée rouge hongroise, le bilan des pertes de l’armée tchécoslovaque de mai à début juillet a été estimé à 1 000 soldats tués au combat (tant dans les unités de la nouvelle patrie que dans les légions). Lors des affrontements dans la région de Cieszyn contre la Pologne en janvier 1919, 53 soldats ont été tués et 97 ont été portés disparus au combat.
Les légions tchécoslovaques de Russie étaient les plus puissantes en termes du nombre d’effectifs déployés contre l’Autriche-Hongrie. Ces légions ont servi dans l’armée russe jusqu’au début de 1918, mais après la révolution en Russie, le corps d’armée tchécoslovaque a intégré l’armée française. Il a lutté contre le gouvernement bolchevique et a rejoint le mouvement anti-bolchevique en mai 1918. Jusqu’à la fin de 1919, le corps était l’une des principales forces qui défendait les intérêts de l’Entente en Russie et luttait contre les bolcheviks - d’abord dans la région de la Volga, puis dans l’Oural et enfin en Sibérie.
En 1919, l’effectif du corps tchécoslovaque était d’environ 70 000 soldats. Les pertes subies dans les légions tchécoslovaques en Russie englobent celles qui sont survenues sur les fronts de la Première Guerre mondiale et celles encourues au cours des combats contre les bolcheviks jusqu’en 1920. À ce jour, seules les pertes globales des unités tchécoslovaques en Russie ont été établies, ce qui représente près de 4 200 soldats tués au combat ou décédés en raison de la guerre. Le nombre total de légionnaires qui ont perdu la vie (y compris lors de la campagne anti-bolchevique en Russie) est d’environ 5 200.


La naissance de la République tchécoslovaque à la fin de la Première Guerre mondiale
La République tchécoslovaque et ses régions en 1921
La défaite de l’Autriche-Hongrie pendant la Première Guerre mondiale a entraîné la dissolution de la monarchie sous le règne des Habsbourg. À la suite de cette dissolution sont nés de nouveaux États, y compris la République tchécoslovaque qui a déclaré son indépendance le 28 octobre 1918. Les efforts diplomatiques et militaires de la résistance tchécoslovaque dirigée par T. G. Masaryk du côté de l’Entente contre les puissances centrales ont favorisé une certaine reconnaissance de la part des puissances qui ont gagné la guerre. Les frontières de la nouvelle république ont été définies dans le cadre de conditions politiques intérieures et étrangères complexes.
Tout d’abord, le nouvel État devait mettre fin à la résistance de la population allemande locale dans les zones frontalières de la République tchèque et de la Moravie. Au même moment, une lutte victorieuse contre la Pologne a éclaté dans la région de Cieszyn en janvier 1919. Après ces conflits, une guerre contre la Hongrie pour les territoires slovaques et la Ruthénie subcarpathique a fait rage de janvier à juillet 1919. Au fil du temps, les frontières du nouvel État ont été reconnues grâce aux traités de paix conclus avec l’Allemagne à Versailles (28 juin 1919), avec l’Autriche à Saint-Germain-en-Laye (septembre 1919) et avec la Hongrie à Trianon (4 juin 1920).
La nouvelle république a vu le jour sous la forme d’un État multinational. Hormis les Tchèques et les Slovaques, considérés de manière irréaliste comme une nation tchécoslovaque unie, une forte minorité allemande vivait en Bohême et en Moravie. Par ailleurs, une minorité hongroise occupait également la Slovaquie, et le nord de la Moravie et le nord-ouest de la Slovaquie étaient peuplés par une minorité polonaise. La Ruthénie subcarpathique était peuplée par les Ruthènes (des Ukrainiens pour la plupart, et également des Russes) et une importante population hongroise vivait dans sa partie sud.
| Territoire (km2) | Population en date du 15 février 1921 (pourcentage par rapport à l’ensemble de la population de l’État) | |
|---|---|---|
| Bohême | 52 052 | 6 670 582 (49 %) |
| Moravie | 22 304 | 2 662 884 (19,56 %) |
| Silésie | 4 420 | 672 268 (4,94 %) |
| Slovaquie | 49 014 | 3 000 568 (22,04 %) |
| Ruthénie subcarpathique | 12 694 | 606 568 (4,46 %) |
| Total | 140 484 | 13 613 172 (100 %) – y compris les étrangers ayant un droit de domicile |
| Tchécoslovaques (Tchèques + Slovaques) | 8 760 937 (6 760 000 Tchèques et 2 000 000 de Slovaques) |
|---|---|
| Allemands | 3 123 568 |
| Hongrois | 745 431 |
| Ruthènes | 461 849 |
| Polonais | 75 853 |
| Juifs | 180 855 (au total, 354 342 personnes ont déclaré être juives) |

Nationalités présentes en Tchécoslovaquie en 1921.
Tchèques; Slovaques; Polonais; Ukrainiens; Hongrois; Allemands; Communautés tchèques et slovaques hors du territoire de la République tchécoslovaque