Le Japon et la Première Guerre mondiale

En 1914, les dispositions de l’alliance anglo-japonaise, signée pour la première fois en 1902, ont encouragé le Japon à entrer dans la Première Guerre mondiale aux côtés des Britanniques pour leur défense mutuelle. Le 23 août, le Japon a déclaré la guerre à l’Allemagne dans l’esprit de l’alliance, afin de capturer la base allemande de Tsingtao en Chine continentale et d’occuper les groupes des îles Marshall, des îles Carolines et des îles Mariannes (à l’exception de Guam) dans l’océan Pacifique occidental, alors occupées par les Allemands. Tsingtao (et la baie de Kiaochow) a été assiégée et prise le 7 novembre 1914 par une force navale et terrestre essentiellement japonaise qui, pour des raisons politiques, a bénéficié d’une participation britannique symbolique. À cette époque, les Japonais occupaient les groupes d’îles allemandes dans le Pacifique occidental, au nord de l’équateur.

La marine impériale japonaise a également participé à l’escorte des navires de l’ANZAC dans l’océan Indien, et certains de ses navires de guerre ont pris part à la chasse au croiseur léger allemand Emden dans les Indes orientales et l’océan Indien, et à l’escadre allemande d’Asie orientale de l’amiral von Spee dans l’océan Pacifique. Cependant, jusqu’en 1917, les forces japonaises sont restées principalement dans la région Asie-Pacifique.

Les décisions du Japon en matière de guerre

Au début de la Première Guerre mondiale, les relations anglo-japonaises étaient loin d’être cordiales. Lorsque le Japon a déclaré la guerre à l’Allemagne, la Grande-Bretagne a maintenu que le Japon devait limiter ses opérations militaires et navales au large des côtes chinoises, ce qui a naturellement contrarié les dirigeants politiques et militaires japonais.

De nombreux dirigeants britanniques avaient soupçonné, à juste titre, que les Japonais, plutôt que d’aider les Alliés, cherchaient simplement à profiter des intérêts des puissances européennes dans la région Asie-Pacifique. Le Japon, pour sa part, a considéré le déclenchement de la guerre comme une « opportunité divine » d’expulser les Allemands de l’Asie-Pacifique, établissant et renforçant ainsi sa propre sphère d’influence, notamment en Chine. Le ministre japonais des Affaires étrangères, Takaaki Katō, s’attendait à ce que la guerre en Europe donne au Japon l’occasion de s’affirmer en tant qu’hégémon de l’Asie-Pacifique. Il a donc fait entrer le gouvernement dans la guerre, bien que le Japon n’y ait pas techniquement été obligé en vertu de l’Alliance anglo-japonaise.

Katō a proposé que la clé de la position mondiale du Japon soit l’expansion constante de ses privilèges économiques en Chine et la poursuite de son association avec la Grande-Bretagne, la plus grande puissance navale du monde et la plus grande présence commerciale sur le continent asiatique. Mais compte tenu du déclin de l’enthousiasme du Japon pour l’alliance anglo-japonaise et de la glorification des prouesses de l’Allemagne dans d’autres cercles influents au Japon, la rapidité et la détermination avec lesquelles le ministre des Affaires étrangères a répondu à la demande d’assistance de la Grande-Bretagne revêtent une importance particulière. Dans le même temps, l’armée japonaise, en particulier l’armée impériale, s’inquiétait des pertes potentielles qu’elle pourrait subir en cas d’engagement militaire avec l’Allemagne. En fait, la plupart des experts militaires donnaient à l’Allemagne une chance plus qu’égale de remporter la victoire en Europe.

Même les personnes qui étudient la Première Guerre mondiale aujourd’hui négligent parfois le rôle du Japon, mais j’estime qu’il existe quatre domaines dans lesquels l’engagement du Japon a été important : les opérations de débarquement et de siège de la base allemande de Tsingtao en Chine, combinées à l’occupation des îles du Pacifique occidental; l’expédition menée à partir de 1918 contre les bolcheviks en Sibérie; l’exportation d’armes et de munitions vers les Alliés; et la mission d’escorte navale du Japon dans la Méditerranée.

Au cours de la guerre, le Japon a également été invité à contribuer davantage aux Alliés, notamment par l’envoi de forces terrestres sur les fronts occidental et oriental, l’envoi d’une force navale sur la côte atlantique américaine et l’envoi d’une expédition dans le golfe d’Aden ou la mer Rouge. Cependant, le gouvernement a rejeté toutes ces demandes, principalement pour des raisons militaires. Examinons brièvement les quatre domaines dans lesquels le Japon a bel et bien pris des engagements.

Le Japon dans la région Asie-Pacifique

Pendant toute la durée de la guerre, le Japon a été actif dans la région Asie-Pacifique et dans l’océan Indien, principalement par l’entremise de ses engagements navals. La principale contribution du Japon n’était pas son armée, mais sa marine, et même les opérations de son armée n’auraient pu être menées à bien sans le soutien de la marine. Il s’agit notamment de l’attaque de la base allemande de Tsingtao, de l’occupation des groupes d’îles allemandes dans le Pacifique occidental, des patrouilles dans le Pacifique, de la chasse à l’escadre navale allemande d’Asie de l’Est et de l’escorte des navires de l’ANZAC dans l’océan Indien. La campagne de Tsingtao a été lancée par la marine. Le 3 août, l’état-major général de la marine japonaise a adopté un plan d’opérations pour la mer du Japon qui, de concert avec l’armée, prévoyait un assaut sur Tsingtao visant à « éteindre définitivement la puissance de l’Allemagne en Asie et à éliminer son ambition ». Cette opération de débarquement et de siège anglo-japonaise, la première et la dernière de la guerre, caractérise la coopération militaire des deux pays, ainsi que la confusion et l’animosité qui régnait entre eux.

Le Japon a même aidé les forces britanniques à réprimer une mutinerie de soldats indiens à Singapour en février 1915.

L’intervention du Japon en Sibérie

Ce qu’on appelle l’intervention en Sibérie à partir de 1918 n’a peut-être représenté qu’une petite partie de la guerre pour la plupart des puissances européennes, mais elle a été stratégiquement très importante pour le Japon. L’intervention consistait en l’envoi de troupes alliées dans les provinces maritimes de la Russie, dans le cadre d’un effort plus large des puissances occidentales et du Japon pour soutenir les forces de la Russie blanche pendant la guerre civile russe contre l’Armée rouge bolchevique. L’effondrement du front oriental de la Russie avec l’Allemagne a posé un énorme problème aux Alliés, car il a permis à l’Allemagne de déplacer des troupes et du matériel de guerre de son front oriental vers l’ouest. Il a également permis à l’Allemagne de s’emparer d’importants stocks de ravitaillement alliés qui s’étaient accumulés dans des endroits stratégiquement importants tels que Mourmansk, Arkhangelsk et Vladivostok. En outre, quelque 50 000 membres de la Légion tchèque qui se battaient aux côtés des Alliés étaient désormais piégés derrière les « lignes ennemies » et tentaient de se frayer un chemin vers Vladivostok en empruntant le chemin de fer transsibérien tenu par les bolcheviks.

Face à ces préoccupations, la Grande-Bretagne et la France ont décidé d’intervenir dans la guerre civile qui opposait la Russie au gouvernement bolchevique. Les Japonais considéraient l’effondrement de l’Empire russe en 1917 comme une occasion de se libérer de toute menace russe future en détachant la Sibérie, si possible, pour la transformer en un État tampon indépendant. Cependant, en 1917, les Japonais ont refusé d’entreprendre une telle expédition militaire sans l’accord des États-Unis. La Grande-Bretagne et la France auraient été heureuses de laisser le champ libre au Japon, mais puisque les États-Unis n’étaient pas d’accord, les dirigeants japonais ont refusé. Cependant, après de longues discussions (sans vraiment consulter leurs alliés européens), le Japon et les États-Unis ont convenu d’entreprendre une expédition interalliée le 2 août 1918, au cours de laquelle le Japon a envoyé quelque 70 000 soldats en Sibérie.

En 1920, les puissances occidentales ont décidé de se retirer de la Russie, mais les Japonais sont restés, principalement par crainte de la propagation du communisme si près du Japon et des territoires contrôlés par les Japonais en Corée et en Mandchourie, dans le nord-est de la Chine. Ce n’est qu’en 1922 que le Japon s’est retiré des provinces maritimes russes et ce n’est qu’en 1925, après l’établissement de relations diplomatiques avec l’Union soviétique, que le Japon s’est retiré de la moitié nord de Sakhaline.

L’exportation d’armes par le Japon

Le Japon a vendu des fournitures militaires à la Russie, à grande échelle, pour qu’elle les utilise sur le front de l’Est. Près des deux tiers des armes et des munitions utilisées par les soldats russes en 1916 ont été importées des Japonais. Le Japon a également construit douze destroyers pour la marine française et une grande quantité de matériel militaire japonais a été utilisée par les soldats français, par exemple lors de la bataille de Verdun en 1916. Il va sans dire que le Japon a également exporté des armes et des munitions vers son principal allié, la Grande-Bretagne.

La mission d’escorte de la marine impériale japonaise en Méditerranée

Le Japon désirait occuper Tsingtao et les groupes d’îles allemandes dans le Pacifique occidental; c’est ce qui a mené le pays à se joindre à la Première Guerre mondiale. La marine impériale japonaise était l’une des forces motrices les plus puissantes du pays. Il n’est pas étonnant que le contre-amiral Saneyuki Akiyama, principal architecte de l’opération navale japonaise lors de la bataille de Tsushima en 1905, ait vigoureusement soutenu non seulement la participation du Japon à la guerre, mais aussi sa mission d’escorte navale en Méditerranée. Le Japon devait également consolider sa position en Chine et s’assurer une voix lors d’une conférence de paix après la guerre.

En réponse à la demande britannique de soutien militaire supplémentaire en avril 1917, huit destroyers et un croiseur amiral sous le commandement du contre-amiral Kōzō Satō se sont basés à Malte, en Méditerranée. Cette force a joué un rôle important dans l’escorte des convois anti-sous-marins contre les sous-marins allemands entre Marseille et Malte, Tarente et Malte, et Malte et Alexandrie. Le Japon a décidé d’envoyer cette force navale parce qu’il avait reçu des Alliés l’assurance d’obtenir quelque chose de tangible en retour : leur promesse immédiate de soutenir les revendications du Japon sur les anciennes possessions allemandes, que le Japon occupait alors.

Quatre autres destroyers flambant neufs arrivant à Malte en août avec le croiseur blindé Izumo, formant la 15e Flottille, sont venus renforcer l’engagement du Japon. L’Allemagne avait déclaré une politique de guerre sous-marine sans restriction en février 1917, et le taux global de pertes des transports alliés avait depuis augmenté de façon spectaculaire. En Méditerranée, les Japonais étaient théoriquement indépendants, mais ils exécutaient les ordres qu’ils recevaient du commandant en chef britannique à Malte. Selon des sources japonaises, à la fin de la guerre, la marine japonaise a effectué 348 missions d’escorte, escortant 788 navires de guerre et transports alliés et 750 000 personnes. Les Japonais ont participé à trente-quatre opérations de combat réelles. Trois épisodes méritent d’être mentionnés.

Premièrement, en mai 1917, deux destroyers japonais se sont engagés dans une opération de sauvetage, malgré la présence d’un sous-marin allemand dans les parages, sauvant ainsi 3 000 des 3 000 membres du personnel britannique du transport Transylvania, qui avait été touché par des torpilles allemandes. Certes, cette mission a été un échec, car les destroyers n’ont pas réussi à protéger le Transylvania, mais en reconnaissance du sauvetage, vingt-sept officiers et marins japonais se sont vu décerner des médailles militaires par le roi britannique George V. Le deuxième épisode est plutôt tragique. Le destroyer japonais Sakaki a été torpillé par le navire autrichien U-27 le 11 juin 1917 au large de l’île de Crète, en Méditerranée orientale. Le navire a été gravement endommagé et cinquante-neuf personnes ont trouvé la mort, dont le capitaine du navire, le commandant Taichi Uehara. Troisièmement, face à l’offensive allemande du printemps 1918, Kaiserschlacht, les Alliés ont utilisé ce que l’on appelle les « grands convois » en Méditerranée, entre Marseille en France et Alexandrie en Égypte. Les cinq convois aller-retour ont été escortés principalement par des destroyers japonais, avec une perte minimale de transports.

Concernant ces activités japonaises, le commandant en chef de la flotte britannique de la Méditerranée a fait savoir à l’Amirauté qu’« alors que les Italiens sont inefficaces, les Français peu fiables, les Grecs hors des calculs et les Américains trop éloignés, les Japonais sont excellents, mais peu nombreux. » Le journal The Times a également fait l’éloge de la marine japonaise, en utilisant des expressions telles que « arrivée rapide et respect des marins » et « bon matelotage et grande rapidité d’action ». À la lumière de ces remarques, on peut facilement imaginer à quel point les Britanniques étaient reconnaissants à l’époque d’avoir des destroyers japonais en Méditerranée. Il est cependant vrai que ces engagements de la marine impériale japonaise ont presque été « oubliés », restant même en dehors de l’appréciation conventionnelle des historiens, en partie parce qu’ils ont été éclipsés par les souvenirs de la Seconde Guerre mondiale de 1939-1945.

C’est pourquoi je souhaite attirer l’attention sur un aspect mineur mais remarquable de l’histoire, à savoir qu’il y a une centaine d’années, le Japon et les pays européens alliés ont combattu pour des causes communes côte à côte en Méditerranée. Si l’on visite Malte aujourd’hui, on peut voir un mémorial construit en 1918 au cimetière des tombes de guerre du Commonwealth en l’honneur de 78 marins japonais qui ont perdu la vie en Méditerranée. Soixante-treize d’entre eux, dont le capitaine du destroyer Sakaki, y sont enterrés. Ironiquement, le mémorial de Malte a été détruit par un raid aérien allemand pendant la Seconde Guerre mondiale et laissé à l’abandon jusqu’à ce qu’il soit reconstruit en 1973. Il est vrai que, comparés aux batailles féroces et au massacre pur et simple sur le front occidental, l’engagement naval japonais et les pertes subies en Méditerranée n’ont peut-être été qu’un événement secondaire de la guerre. Toutefois, les leçons tirées de ces opérations, notamment l’importance de la guerre de course, du blocus, de la guerre sous-marine et anti-sous-marine, ainsi que la valeur de la marine marchande et des systèmes de convois, n’ont pas été correctement retenues ni mises en œuvre dans les politiques de la marine impériale japonaise des années 1920 et 1930. D’où la Seconde Guerre mondiale dans le Pacifique.

Le Japon à la conférence de paix de Versailles

Après la guerre, le Japon a participé à la conférence de paix de Versailles en 1919 en tant que l’un des « cinq grands » et est devenu l’un des membres permanents de la Société des Nations en 1920. En outre, l’essor économique du Japon en temps de guerre, résultant de l’exécution des commandes de matériel de guerre par les Alliés, avait contribué à diversifier l’industrie nationale, à accroître les exportations et, pour la première fois, à faire passer le Japon du statut de pays débiteur à celui de pays créditeur. Les exportations ont quadruplé entre 1913 et 1918.

Le Japon avait deux objectifs primordiaux pendant la guerre et lors de la conférence de paix de Versailles : rester dans les meilleures conditions possible avec ses anciens et nouveaux alliés et poursuivre ses ambitions territoriales dans la région Asie-Pacifique. Lors de la conférence, le Japon s’est concentré sur deux demandes : sa revendication territoriale sur les anciennes colonies allemandes, le Shantung et les groupes d’îles du Pacifique occidental, et l’inclusion de sa clause d’« égalité raciale » dans la charte ou le pacte de la Société des Nations. Le Japon avait obtenu les groupes d’îles allemandes du Pacifique occidental au nord de l’équateur en tant que mandats de classe C. Cependant, par la même occasion, le Japon avait croisé le fer avec les États-Unis et l’Australie sur cette question territoriale, avec la Chine sur le problème dit du Shantung et avec la plupart des Alliés sur l’insertion de sa clause d’égalité raciale.

Depuis les années 1860, le Japon rêvait d’obtenir un statut égal à celui des autres puissances occidentales; c’est ce qui explique qu’il a proposé la clause d’égalité raciale. En fin de compte, sa campagne pour l’inclure n’a pas été couronnée de succès. Mais la première ébauche présentée à la Commission de la Société des Nations était la suivante :

« L’égalité des nations étant un principe fondamental de la Société des Nations, les Hautes Parties contractantes conviennent d’accorder le plus tôt possible à tous les étrangers ressortissants d’États membres de la Société un traitement égal et équitable à tous égards, sans distinction de droit ou de fait, en raison de leur race ou de leur nationalité. »

Le projet de proposition a été voté à la majorité en avril 1919. Onze des dix-sept délégués présents ont voté en faveur de l’amendement du Japon au pacte, et aucun vote négatif n’a été enregistré. Toutefois, cette décision a été annulée par le président de la Commission, le président américain Woodrow Wilson, qui a fait valoir que, bien que la proposition ait été approuvée à une nette majorité, une forte opposition s’était manifestée dans ce cas particulier et qu’un vote à l’unanimité serait nécessaire sur cette question. L’opposition provenait de la délégation britannique ou australienne, car l’adoption de cette clause aurait remis en cause la norme établie du système international de l’époque, dominé par l’Occident, à savoir l’asservissement colonial des peuples non blancs. Il est souvent avancé que le rejet de la clause d’égalité raciale s’est avéré être un facteur important qui a détourné le Japon de la coopération avec les puissances occidentales.

Il est vrai que l’opinion intérieure japonaise était très concernée par la question et que les médias japonais ont pleinement couvert le déroulement de la conférence, ce qui a conduit à une aliénation des Japonais à l’égard des États-Unis et à des conflits plus vastes par la suite. Cela étant dit, il faut noter que le gouvernement japonais utilisait également la clause d’égalité raciale comme outil de négociation. Plus précisément, le Japon souhaitait être traité sur un pied d’égalité en tant que nation et être considéré comme une grande puissance. Le pays souhaitait s’assurer qu’en tant que nation souveraine et membre de la ligue, le Japon bénéficierait des mêmes privilèges que les puissances occidentales, y compris le droit de posséder des colonies à l’étranger.

La proposition d’égalité raciale masquait également le sentiment de supériorité raciale et de discrimination du Japon à l’égard des autres Asiatiques de l’Empire japonais. Les Coréens, surtout après l’annexion de 1910, étaient soumis à une assimilation forcée et toute discrimination était justifiée par le fait que, selon la vision japonaise, les Coréens n’étaient pas encore prêts à être traités sur un pied d’égalité en raison de leur faible degré de civilisation. En d’autres termes, la domination coloniale du Japon était justifiée par le fait que les Coréens et les Taïwanais étaient des races inférieures qui avaient besoin des conseils d’une race supérieure pour apporter la civilisation et la lumière à leurs pays. En 1919, année de la conférence de paix, l’armée japonaise avait brutalement réprimé un soulèvement nationaliste coréen contre la discrimination et l’oppression japonaises. Le Japon n’a jamais accordé l’égalité des droits, juridiques ou politiques, à ses sujets coloniaux. L’équité et l’égalité de traitement ne s’appliquaient qu’aux nations « civilisées » et aux membres de la ligue, et non à leurs colonies ou aux peuples soumis.

L’opinion publique japonaise était agitée par les médias sur cette question, mais le gouvernement japonais était prêt à négocier un accord en vertu duquel, en échange de la reconnaissance par les Alliés de ses droits territoriaux en Chine et dans le Pacifique occidental, la doctrine « Okuma-Ishii », le pendant de la doctrine Monroe, il n’insisterait pas davantage sur la question de l’égalité raciale. Le Japon était ravi d’obtenir des mandats pour le Shantung et les groupes d’îles du Pacifique occidental.

On peut conclure que la conférence de paix de Versailles a été un succès diplomatique pour le Japon. Malgré son rôle relativement modeste dans la guerre, le Japon était devenu une grande puissance sur la scène politique internationale, tout en se sentant un membre inégal du « club des impérialistes ». En ce qui concerne les relations sino-japonaises, les vingt-et-une exigences imposées à la Chine en 1915 avaient suscité un amer ressentiment parmi les Chinois et le problème du Shantung a alimenté ce ressentiment. Ses alliés étant fortement impliqués dans la guerre en Europe, le Japon a cherché à consolider sa position en Chine en présentant ses vingt-et-une exigences au président chinois Yuan Shikai en janvier 1915. Si elles avaient été atteintes, elles auraient essentiellement réduit la Chine à un protectorat japonais, au détriment des privilèges des Européens dans leurs sphères d’influence en Chine. Mais face à la lenteur des négociations avec le gouvernement chinois, aux sentiments anti-nippons de plus en plus répandus et à la condamnation internationale, notamment de la part des États-Unis, le Japon a retiré le dernier groupe de ses exigences et la Chine a signé le traité le 25 mai 1915.

Lors de la conférence de paix de Versailles, la délégation chinoise a contesté les prétentions du Japon sur le Shantung. Comme indiqué, le Japon s’était emparé de ces territoires en 1914, en particulier de Tsingtao, mais aussi des groupes d’îles allemandes dans le Pacifique occidental. En 1917, le Japon avait conclu des accords secrets avec la Grande-Bretagne, la France et l’Italie en vue de l’annexion de ces territoires. Le Japon avait également accepté de soutenir l’annexion par la Grande-Bretagne des îles du Pacifique situées au sud de l’équateur. Ainsi, malgré le point de vue généralement favorable à la Chine de la délégation américaine, l’article 156 du traité de Versailles a transféré les concessions allemandes du Shantung au Japon au lieu de les restituer à la Chine. L’indignation des Chinois a conduit à une manifestation connue sous le nom de Mouvement du 4 mai et au retrait final de la Chine du traité. Cette décision n’était certainement pas conforme à l’esprit de la clause d’égalité raciale que le Japon défendait depuis longtemps; il s’agissait simplement d’opportunisme politique et économique.

Maintenir la paix dans les années 1920

On peut affirmer que la Première Guerre mondiale et la Conférence de paix de Versailles ont constitué des tournants importants pour l’impérialisme japonais et ont ouvert la voie à la guerre du Pacifique qui s’annonçait, ce qui ne signifie pas pour autant que la guerre était inévitable. En fait, un nouvel ordre international, ou une nouvelle paix fragile, a été établi et maintenu dans la région Asie-Pacifique dans les années 1920. La politique étrangère japonaise durant cette période peut être caractérisée par un « internationalisme » illustré par la diplomatie de Shidehara. De fait, le Japon s’est retiré du Shantung et de la Sibérie.

Le terme diplomatie Shidehara a fini par décrire la politique étrangère libérale et coopérative du Japon au cours des années 1920. Le ministre japonais des Affaires étrangères, Kijūrō Shidehara, a tenté de maintenir une politique non interventionniste à l’égard de la Chine et de bonnes relations avec la Grande-Bretagne et les États-Unis. Il a également garanti une « porte ouverte » en Chine et s’est engagé à ce que le Japon respecte les principes de la Société des Nations. Au même moment, ce qui préoccupait les dirigeants politiques et militaires du Japon et des États-Unis le plus était l’équilibre naval dans le Pacifique. Dans les années 1920, la puissance nationale se mesurait encore au nombre de navires de guerre. Une course navale s’est déjà engagée et les Britanniques risquent d’être distancés, notamment dans le Pacifique. En 1918, la Grande-Bretagne disposait de trente navires de guerre, tandis que le Japon et les États-Unis en avaient seize chacun. Pour que les Britanniques puissent contrer le Japon ou les États-Unis dans le Pacifique, ils auraient toujours besoin d’un pays allié contre l’autre. Cela a mené au traité naval de Washington (le Traité des cinq puissances), au Traité des neuf puissances et au Traité des quatre puissances. Ce dernier traité a mené à la fin de l’alliance anglo-japonaise en 1923, entraînant un sentiment de « trahison » par les Britanniques chez les Japonais.

Vers la fin des années 1920, l’approche coopérative de Shidehara a été critiquée comme étant « faible » et, dans les années 1930, le Japon a opté pour une « diplomatie positive », mettant l’accent sur ses intérêts particuliers en Asie de l’Est. Le Japon a également commencé à affirmer que la Mandchourie était séparée de la Chine, afin d’écarter les nationalistes chinois et les communistes. Toutefois, le « système du traité de Washington » des années 1920 a été un succès mitigé et a permis d’établir une paix précaire dans la région Asie-Pacifique pour dix années supplémentaires.

La détérioration des relations entre le Japon et les États-Unis

En ce qui concerne la politique étrangère japonaise, les relations sino-japonaises ne se sont jamais améliorées et le conflit au sujet de la Chine a mis les États-Unis et le Japon sur des chemins adverses dans les années 1930. Après la Première Guerre mondiale, le Japon a mis en place des politiques étrangères plus proactives et plus agressives, même si elles s’inscrivaient toujours dans le cadre du « système des traités de Washington ». Mais après 1931, année de la crise de Mandchourie, le Japon a commencé à construire son propre empire, différent de celui des puissances occidentales, marquant ainsi une deuxième étape de l’impérialisme japonais. Puis, après les années 1930, le Japon a contesté le nouvel ordre international et a tenté d’en établir un autre, le « nouvel ordre en Asie de l’Est », de sa propre initiative. À cet égard, la Première Guerre mondiale a été un événement très important dans l’histoire moderne du Japon.

Ishizu Tomoyuki, Institut national d’études de défense