La Hongrie à la guerre

Le 28 juin 1914, Gavrilo Princip a assassiné l’archiduc François Ferdinand, héritier du trône austro-hongrois. La complicité de représentants de l’État serbe dans ce crime a permis à la monarchie austro-hongroise de régler un conflit de longue date en recourant à des moyens militaires. Le 23 juillet, l’Autriche-Hongrie a exigé de la Serbie non seulement de punir les personnes impliquées dans l’assassinat, mais aussi de cesser toute activité contre la monarchie. La Serbie a refusé de permettre à la police austro-hongroise de participer à l’enquête officielle sur l’assassinat, ce qui a entraîné la rupture des relations diplomatiques entre les deux États. Le même jour, les armées serbe et austro-hongroise se sont mobilisées. Le 28 juillet, un mois après l’assassinat, Vienne a déclaré la guerre à la Serbie.

Les forces armées austro-hongroises déployées contre la Serbie ont tenté à deux reprises de briser la résistance de l’armée serbe, considérablement plus faible, qui, dans les faits, se défendait avec entêtement. Leur première tentative en août s’est soldée par un échec complet ; puis, le mois suivant, leur fougueux rival est entré en territoire hongrois. Cette incursion a été repoussée et, à l’automne, l’Autriche-Hongrie a effectué une deuxième tentative qui, bien que durement combattue, a connu une progression lente et constante. Les Serbes en retraite ont été contraints d’évacuer Belgrade, qui a été conquise par les troupes austro-hongroises le 2 décembre. Cependant, une contre-attaque serbe a fait tomber les troupes épuisées de la monarchie et, à la mi-décembre, toutes les zones occupées ont dû être évacuées.

Lors de la mobilisation en juillet 1914, quatre armées de la monarchie ont été chargées de retenir les troupes russes supérieures. Il s’agissait d’une offensive destinée à tirer profit de la mobilisation plus lente de l’armée adverse. Mais à la suite des premiers succès remportés à la fin du mois d’août, les Russes ont progressivement prouvé leur supériorité, ce qui a entraîné le repli des troupes austro-hongroises derrière les Carpates.

1915

En 1915, le centre de gravité du conflit en Europe s’est déplacé vers le front de l’Est. En Galice, les troupes austro-hongroises, retenues sur la ligne des Carpates, luttaient contre le « rouleau compresseur » russe. Ils ont réussi à arrêter les troupes rousses et ont longtemps essayé en vain de les repousser. Cependant, leur percée à Gorlice au début du mois de mai a fait naître une lueur d’espoir visant à forcer la Russie à signer une paix séparée. Cette importante victoire remportée par les puissances centrales a été réalisée par les troupes allemandes et austro-hongroises sous le commandement du colonel-général allemand August von Mackensen. Une attaque a été lancée le 2 mai 1915 dans le secteur s’étendant de Gorlice à Tarnów, qui a permis la prise de positions russes à une profondeur de 15 à 20 kilomètres le 4 mai. À la fin du mois d’août, la ligne de front s’était déplacée de 450 kilomètres vers l’est.

Solo soldier

Malgré ces victoires, la guerre est devenue pour la monarchie austro-hongroise une lutte sur trois fronts lorsque l’Italie, ancienne alliée, déclare la guerre le 23 mai. Alors que le front sud-est stagnait, les batailles les plus sanglantes se déroulaient dans une section le long du fleuve Isonzo. C’est au cours des quatre premières batailles d’Isonzo que les Italiens ont lancé la plupart de leurs attaques sur le plateau Kartz situé dans la partie méridionale de ligne de front de la ligne de front, ainsi que sur les têtes de pont de Goritz et de Tolmin situées sur les berges du fleuve. Les troupes austro-hongroises ont anéanti toutes les tentatives de percée effectuées par l’Italie, et à compter de décembre 1915, le front s’est enlisé dans une guerre de tranchées accablante. À ses débuts, ce combat responsable de lourdes pertes a essentiellement été mené par les troupes hongroises sur la ligne de front de Doberdò. En outre, dès la première journée où l’Italie a déclaré la guerre, la marine austro-hongroise a participé à l’affrontement depuis la mer Adriatique.

Les puissances centrales, qui s’étaient jointes à la Bulgarie à l’automne 2015, ont réussi à vaincre la Serbie. Le 5 octobre, elles ont lancé une offensive dans les Balkans. Belgrade est tombée rapidement, et les troupes serbes, menacées sur trois fronts, se sont retirées tout en se défendant vaillamment. L’armée serbe s’est retrouvée pratiquement encerclée à Kosovo Polje, mais 150 000 hommes se sont échappés et ont pu atteindre la mer Adriatique. Des navires de l’Entente les ont transportés vers des ports albanais, d’abord à Corfu, puis à Saloniki.

1916

À l’Est, en 1916, la trouée russe à Lutsk–Okna (offensive Broussilov) a temporairement conduit la monarchie austro-hongroise sur le bord du gouffre, une situation uniquement évitée en raison de l’aide importante apportée par les Allemands. Cette intervention a néanmoins engendré des conséquences désastreuses. L’indépendance militaire de la monarchie sur le front russe est pratiquement réduite à néant. À partir de ce moment, le leadership militaire allemand a déterminé les conditions et les orientations de cette guerre interarmées.

À la fin d’août, la Roumanie, ancienne alliée, s’est jointe à l’Entente en échange d’une promesse de gains territoriaux. L’invasion roumaine de la Transylvanie a entraîné de graves répercussions. Ce n’est qu’avec le soutien des Allemands que les troupes roumaines, hautement supérieures, mais avançant prudemment, ont pu être éloignées du pays.

L’attaque roumaine, jumelée à l’interruption de l’offensive Broussilov, a mené au retrait de nombreux bataillons ainsi qu’à une importante quantité de matériel du front italien. Malgré tout, durant la seconde moitié de 1916, aucune des quatre offensives italiennes contre les forces austro-hongroises (les sixième, septième, huitième et neuvièmes batailles de l’Isonzo) n’ont permis de réaliser la percée décisive escomptée. Toutefois, au mois d’août, les Italiens ont saisi la tête de pont à Goritz, et le commandement suprême austro-hongrois s’est vu forcé d’évacuer le plateau Kartz, devenu indéfendable.

Large cannon

1917

Cette année a été particulièrement marquée par des réussites des puissances centrales. La révolution russe a éclaté en février, et bien que l’offensive déclenchée par le gouvernement provisoire russe (l’offensive Kerensky) a porté un dur coup aux troupes austro-hongroises, les accomplissements russes ont été de courte durée. Le 19 juillet, les puissances centrales ont lancé une contre-attaque qui leur a permis de soutirer Galice et Bucovine aux forces russes. Le 7 novembre 1917, le gouvernement bolchévique a pris le pouvoir grâce à la Révolution russe et le 5 décembre, a décrété un cessez-le-feu avec les puissances centrales.

La guerre contre la Roumanie s’est également avérée un succès tandis que les troupes allemandes et austro-hongroises occupaient le pays depuis le début de janvier 1917. Ce n’est qu’avec l’aide des Russes que les Roumains ont pu stabiliser la ligne de front le long des fleuves Danube et Seret. En juillet, dans le cadre de l’offensive Kerensky, les forces roumaines (réorganisées avec l’aide de l’Entente) ont attaqué les Austro-Hongrois, et en collaboration avec les Russes, ont éventuellement mis fin, en août 1917, à la riposte des puissances centrales. Après la trêve conclue avec le gouvernement russo-soviétique, la Roumanie, incapable de poursuivre la bataille seule contre les troupes allemandes et austro-hongroises, a accepté en décembre, à Focşanu, un cessez-le-feu avec les puissances centrales.

Sur le front italien, les dixième et onzième batailles de l’Isonzo ont permis aux Italiens de conquérir le plateau de Banjšice, entre Goritz et Tolmin. Le commandement suprême austro-hongrois, sachant que sa défense ne pourrait survivre à d’autres hostilités, requiert alors l’aide des Allemands. L’opération lancée le 24 octobre (la douzième bataille de l’Isonzo, ou bataille de Caporetto) s’est révélée la plus importante offensive des puissances centrales envers le front italien. Les troupes allemandes et austro-hongroises ont pénétré la ligne de front italienne sur une distance de 32 kilomètres. Après l’effondrement de celle-ci, ses troupes se sont retirées d’abord derrière le fleuve Tagliamento, et par la suite derrière le fleuve Piave, où les Britanniques et les Français ont contribué à la solidifier. Le 10 novembre, les troupes allemandes et austro-hongroises avaient atteint le Piave, capturant 300 000 prisonniers tout en poursuivant l’ennemi et en saisissant une quantité considérable de munitions.

1918

Après la trêve décrétée en décembre 2017, les puissances centrales et les représentants du gouvernement russo-soviétique ont signé le 3 mars 1918 le traité de paix Brest-Litovsk, forçant ainsi la Roumanie à faire la paix en mai. Par la suite, la majeure partie des combats ont cessé sur le front est. Au même moment, sur les autres fronts, la lutte des puissances centrales contre l’Entente était vouée à l’échec. Dans les Balkans, les troupes de l’Entente ont mené une offensive réussie qui a entraîné la chute du front bulgare. Après avoir négocié un cessez-le-feu avec l’Entente le 29 septembre 1918, la Bulgarie s’est retirée de la guerre.

Soldier prisoner group

D’un point de vue stratégique, le destin de la monarchie austro-hongrois a été déterminé sur le front sud-ouest. Lorsque les Italiens ont lancé l’attaque le 24 octobre à partir du Piave, leurs bataillons ont consolidé les unités britanniques, françaises et américaines, affaiblissant ainsi la défensive austro-hongroise sur une largeur de 40 kilomètres. Le commandement suprême austro-hongrois a demandé un cessez-le-feu. Le 3 novembre, près de Padua et au nom de la monarchie austro-hongroise pratiquement anéantie, Viktor Weber, le général de l’infanterie, a signé un armistice qui a mis un terme à la Grande Guerre austro-hongroise. Celui-ci exigeait la capitulation inconditionnelle et totale des forces armées austro-hongroises, énonçait les régions à évacuer et obligeait la monarchie à libérer tous ses prisonniers de guerre ainsi qu’à rendre sa marine.

À la fin d’octobre 1928, la monarchie avait été transformée en États successeurs. Les 30 et 31 octobre, la Révolution des Asters a eu lieu à Budapest, et c’est le 8 novembre que le ministre de la Guerre, le colonel Béla Linder, a ordonné une libération partielle de l’armée. Ainsi, les troupes hongroises (qui se trouvaient toutes en territoire étranger lorsque l’armistice a été signé) n’ont pas eu l’occasion de lutter pour défendre leur terre natale après être revenues du front. La Convention de Belgrade, ratifiée le 13 novembre, fixait les frontières d’occupation de la Hongrie et limitait la taille des forces hongroises à six divisions d’infanterie et à deux de cavalerie.

Les répercussions

Durant la Première Guerre mondiale, neuf millions d’hommes et 100 000 femmes de la monarchie austro-hongroise ont enfilé l’uniforme. En territoire hongrois, 3,4 millions d’hommes ont été enrôlés dans le service militaire, et 800 000 autres ont été embauchés dans des usines et des mines, ou mobilisés en tant que réservistes. En tout et partout, 4,2 millions de Hongrois ont été appelés à participer à des interventions militaires. Plus d’un million de soldats austro-hongrois ont perdu la vie au combat, plus d’un demi-million ont disparu, 1,9 million ont été blessés et 1,7 million ont été faits prisonniers. Parmi les belligérants, les pertes de la monarchie se situent au quatrième rang.

Les pertes de la Grande Hongrie (soit 600 000 morts et plus de 800 000 prisonniers) ont été nettement plus importantes comparativement à celles de la population hongroise et à celles de la contrepartie autrichienne de l’Empire puisque les habitants provenant des zones agraires ont été appelés en plus grand nombre que ceux de la région occidentale de l’Empire, davantage industrialisée et dans laquelle les gens œuvraient au sein de l’industrie des munitions. En outre, la majorité des paysans hongrois était enrôlée pour servir dans l’infanterie, groupe qui aura comptabilisé les pertes les plus importantes. De plus, pendant une bonne partie de la guerre, les résidants des régions occupées de Galicie et de Bucovine n’ont pu être recrutés pour le service militaire.

Suite au traité de paix de Trianon signé le 4 juin 1920, la Hongrie a également subi des préjudices territoriaux, démographiques et économiques. Le pays a perdu les deux tiers de son territoire et plus de la moitié de sa population.

Institut et musée d’histoire militaire du ministère de la Défense 2020