La Grèce à la guerre

Le 15 juin 1917, la Grèce entre officiellement en guerre du côté des Alliés (l’Entente cordiale) et contre les Empires centraux, qui regroupent l’Empire ottoman, l’Allemagne et la Bulgarie. Avant la guerre, la Grèce vacille entre les forces politiques prônant la neutralité et celles qui militent pour entrer en guerre du côté de l’Entente. La situation s’intensifie en raison de la pression, tant directe qu’indirecte, des deux alliances belligérantes pour se rallier à elles. Les factions politiques grecques se rangent soit dans le camp du roi Constantin Ier, qui prône la neutralité, soit dans celui des partisans de l’Entente, représentés par le premier ministre Eleftherios Venizelos. Cette rivalité entraîne alors un schisme prolongé au sein de la société grecque et ouvre un fossé qui divisera la nation tout au long de la guerre et jusqu’à l’après-guerre, notamment pendant la Campagne d’Asie mineure (1919-1923) et lors de la catastrophe qui s’en est suivie. La participation de la Grèce à la guerre de 1914-1918 doit donc être considérée dans son contexte politique plus vaste, plutôt que comme une simple confrontation militaire.

Enjeux politiques avant la Première Guerre mondiale

La Grèce venait tout juste de sortir, victorieuse, des deux Guerres balkaniques : la première en 1912-1913, contre les Ottomans, et la seconde en 1913, contre les Bulgares. Les victoires de la Grèce ont pratiquement doublé son territoire et sa population. À l’« ancienne » Grèce s’ajoutent alors les « nouvelles » contrées de l’Épire, de la Macédoine, de Crête et des îles de la mer Égée, libérées par l’Armée et la Marine helléniques. Ces succès entraînent relativement peu de pertes : quelque 52 105 victimes de toutes sortes lors des combats, dont 8 143 perdent la vie. Normalement, le pays aurait dû se concentrer sur l’intégration administrative, économique et sociale de ces « nouvelles » contrées, mais le désir vengeur des perdants des Guerres balkaniques (la Bulgarie et l’Empire ottoman, qui souhaitent récupérer des territoires récemment perdus) attire l’attention de la Grèce sur des questions de sécurité. La menace de la résurgence bulgare force la Grèce à coordonner ses actions avec les autres pays victorieux dans les Balkans, comme la Serbie et la Roumanie, semblablement menacés par la Bulgarie, respectivement en Macédoine et à Dobrudja (sud du delta du Danube).

La menace posée à la Grèce par l’Empire ottoman est plus sérieuse. La Grèce maintient son engagement envers les quelque 1 500 000 chrétiens orthodoxes qui sont sujets ottomans au sein des territoires de l’Empire ottoman. La plupart vivent en Thrace orientale (la Turquie d’« Europe »), à Constantinople (l’Istanbul moderne), sur les côtes méridionales de la mer de Mamara (Bithynie), sur le flanc oriental de la mer Égée (Ionie) et sur la rive méridionale de la mer Noire (Pont-Euxin). En outre, la Turquie ottomane n’accepte pas la perte des îles de l’Égée orientale, attribuant ses défaites navales à une « fenêtre d’opportunité » dont les Grecs se seraient saisis après que le croiseur blindé moderne Georgious Averof, supérieur aux navires de guerre turcs, ait été ajouté à la flotte grecque.

Après la Seconde Guerre balkanique, la Grèce et la Turquie s’engagent dans une course à l’armement naval, sous la menace d’une Troisième Guerre balkanique qui pourrait sceller le sort du contrôle de la mer Égée. Au début de 1914, les Turcs se mettent à persécuter les Grecs au sein de l’Empire ottoman, les chassant des rives de l’Égée en Asie mineure. On estime qu’avant l’éclatement de la Première Guerre mondiale, plus de 153 890 Grecs ont été persécutés, déplacés de leurs maisons ou même tués dans ce qui serait un précurseur au génocide arménien, perpétré l’année suivante. En 1917, le nombre des persécutés a déjà atteint plus de 750 000, dont 150 000 fuient et se réfugient dans la Grèce libérée, ajoutant ainsi un problème économique et social à tous ceux qui se posent déjà à ce pays.

Le danger d’une guerre gréco-turque est évité de justesse par l’éclatement inopiné de la Première Guerre mondiale au début d’août 1914 entre l’Entente et les Empires centraux. La Grande-Bretagne se saisit de deux cuirassés modernes récemment construits en Angleterre pour les Turcs, et les intègre à sa flotte. Cette action, entre autres facteurs, pousse l’Empire ottoman à s’aligner sur les Empires centraux, puis, quelques mois plus tard, à entrer en guerre contre l’Entente. À court terme cependant, la perte de ces navires de guerre désarme pratiquement la Marine ottomane et contrecarre tout projet qu’auraient eu les Ottomans de regagner la suprématie navale en mer Égée.

Officers in front of aircraft

Neutralité de la Grèce en 1914-1915

Après la déclaration de guerre, la Grèce reste neutre, comme ses voisins, puisque les combats dans les Balkans se limitent tout d’abord aux attaques autrichiennes contre la Serbie, au nord de la Grèce. Mais après l’entrée en guerre de l’Empire ottoman le 29 octobre 1914, le fragile équilibre de la région est rompu et une série complexe d’actions diplomatiques s’ensuit, menées tantôt par le premier ministre Eleftherios Venizelos, tantôt par le roi Constantin Ier. Leurs machinations diplomatiques incluent l’Entente, les Empires centraux, la Serbie et la Roumanie, le principal facteur étant le ralliement de la Bulgarie aux Empires centraux le 6 septembre 1915. Les Alliés se sentent obligés de soutenir la Serbie, désormais menacée sur son flanc oriental.

La flotte alliée apparaît donc à Thessalonique (connue comme Saloniki) le 30 septembre 1915. Consulté, Venizelos lui permet de débarquer à Thessalonique le 5 octobre 1915, sans avoir obtenu la permission du roi ou du parlement. La première à débarquer est la 156e division d’infanterie française, suivie de deux autres divisions françaises et d’une division britannique. Toutes ces forces traversent alors le territoire grec pour se rendre en Macédoine serbe. Ce même jour, malgré le vote du parlement en faveur de l’entrée en guerre de la Grèce, le roi congédie Venizelos et nomme Alexander Zaimis comme premier ministre. En novembre, lors d’élections boycottées par le parti de Venizelos, un nouveau gouvernement est formé, avec à sa tête Stefanos Skouloudis. Dès lors, et jusqu’à l’entrée de la Grèce en guerre en 1917, le gouvernement demeure rigidement résolu à maintenir sa neutralité, ce qui avantage les Allemands. Les Alliés, désormais confortablement installés sur le territoire grec, commencent à exercer de fortes pressions sur la Grèce pour qu’elle se range à leurs côtés.

La Grèce neutre et le Front macédonien de 1916-1917

Le 5 octobre 1915, les Autrichiens, les Allemands et les Bulgares attaquent la Serbie. Le 17 décembre, l’armée serbe finit par être défaite sur tous les fronts et séparée des forces alliées qui, venant de Thessalonique, ont essayé de porter assistance à la Macédoine serbe. Les forces serbes vaincues traversent l’Albanie à pied pour rejoindre les côtes de l’Adriatique. Là, des navires alliés transportent les survivants émaciés de l’armée serbe jusqu’à l’île grecque de Corfou, que les Alliés occupent à cette fin malgré les protestations du gouvernement grec neutre. Plus tard, d’autres îles grecques seront elles aussi occupées sous divers prétextes. Quelque 120 000 survivants de l’armée serbe sont réorganisés à Corfou au sein de six divisions d’infanterie et transférés à Thessalonique en avril-mai 1916.

Entre-temps, les quatre divisions alliées entrées en Macédoine serbe, ayant échoué à vaincre la résistance bulgare, reviennent en sol grec. Les Bulgares, sous les ordres du chef d’état-major allemand Von Falkenhayn, s’arrêtent à la frontière grecque et s’abstiennent de les poursuivre. Un peu plus tard, les Alliés créent un immense « camp fortifié » retranché autour de Thessalonique, au sein duquel neuf divisions sont graduellement rassemblées sous le commandement du général français Maurice Sarrail, commandant de l’Armée d’Orient. Avant la fin de 1915, les forces alliées à Thessalonique comptent plus de 150 000 hommes. Après l’arrivée des Serbes, les forces alliées se chiffrent à quelque 300 000 et les troupes quittent le camp retranché et sont déployées à l’intérieur du territoire grec, face aux Bulgares, du golfe Strymonique à l’est, jusqu’au fleuve Axios (Vardar). Les forces grecques neutres, mobilisées depuis septembre 1915, se retirent de la zone et se rassemblent de l’autre côté des Alliés : le 4e corps d’armée grec en Macédoine de l’Est, au-delà du fleuve Strymon (Struma) et le 3e corps d’armée à l’ouest, de Thessalonique à Florina. Le 26 mai 1916, les Bulgares avancent de 10 kilomètres en territoire grec et occupent le fort Rupel, qui contrôle la vallée du Strymon, sans combats, car le gouvernement de Skouloudis avait permis à la Bulgarie de le faire en contrepoids de la présence alliée en Macédoine grecque. Pour riposter, le général Sarrail déclare la loi martiale à Thessalonique et prend le contrôle de presque toutes les activités de la ville, surtout le chemin de fer. Le 9 juin, les Alliés posent un ultimatum exigeant entre autres le démantèlement de l’armée hellénique, un changement à la tête des forces policières, la dissolution du gouvernement de Skouloudis et l’annonce de nouvelles élections. Le roi accepte ces demandes. L’armée grecque se démobilise en juillet 1916. Zaimis succède à Skouloudis à titre de premier ministre et les Alliés lèvent largement leur blocus.

À la mi-août, une division italienne et ce qui équivaut à une division russe sont déjà venus renforcer les troupes alliées. Une offensive alliée majeure au Nord est planifiée, pendant que la Roumanie se prépare à entrer en guerre du côté de l’Entente. Mais lorsque cette offensive se produit le 27 août 1916, la Roumanie est écrasée en moins de trois mois par les Empires centraux et les deux tiers de son territoire sont occupés. Les préparatifs sont cependant freinés par une attaque bulgare dans deux directions à l’intérieur du territoire grec le 17 août 1916 : à l’Ouest, les Bulgares occupent Florina, et à l’Est, la Macédoine orientale. Les cités grecques de Serrès, Sidirokastro (alors connue sous le nom de Demir Hisar), Drama et Kavala sont capturées sans résistance du 4e corps d’armée grec, alors démobilisé. Les pertes sont considérables : 464 officiers et 6 373 soldats du 4e corps d’armée sont appréhendés par les Allemands, qui accompagnent les Bulgares, puis transférés comme « invités » vers la ville de Görlitz, en Silésie, où ils demeurent jusqu’à la fin de la guerre. En outre, quelque 2 000 soldats grecs qui refusent de se rendre embarquent sur des navires alliés et s’enfuient vers Thessalonique.

L’occupation de la Macédoine orientale mène à la formation du Mouvement de défense nationale à Thessalonique, une formation à laquelle songeaient les partisans de Venizelos depuis le printemps, en collaboration avec les Français. Le 30 août 1916, le « Comité d’autodéfense macédonien », nouvellement créé, se rebelle contre les royalistes à Thessalonique, provoquant un affrontement. Le général Sarrail intervient en faveur du comité et expulse les troupes qui restent loyales au roi de Grèce. Le 1er septembre 1916, un immense escadron naval français composé de soixante-dix navires (dont dix sont des navires de guerre) jette l’ancre dans le golfe de Salamine devant le port du Pirée, menaçant le gouvernement du roi, qui aux yeux des Alliés a perdu toute crédibilité. Dès lors, les Alliés cherchent à remplacer le roi Constantin Ier sur le trône de Grèce, selon leurs intérêts à divers degrés.

Solo pilot

Déclaration de guerre de juin 1917

Tout de suite après ces événements, Venizelos, l’amiral Pavlos Kountouriotis et le général Panagiotis Danglis, représentant le « gouvernement provisoire » de Thessalonique, qui a le soutien des Alliés, déclarent la guerre contre les Empires centraux. La Grèce est alors divisée en deux États hostiles l’un à l’autre : l’un à Athènes, maintenant sa neutralité dans le conflit, l’autre à Thessalonique, participant à la guerre du côté des Alliés. Ce chaos ne cesse qu’après que les Alliés aient infligé de multiples humiliations à l’État d’Athènes, dont les évacuations forcées de Thessalie, d’Épire et des îles Ioniennes, le confinement de l’armée au Péloponnèse et la reddition de la flotte légère et de l’artillerie de campagne aux Alliés, sans parler des escarmouches meurtrières dans les banlieues d’Athènes avec les troupes alliées débarquées, ainsi que le bombardement de la capitale par la flotte alliée en novembre 1916. Surtout, l’hiver 1916-1917 est une période de famine et d’autres graves privations pour les Athéniens. Les Alliés, en représailles contre les escarmouches de novembre, imposent le blocus de la capitale par terre et par mer, empêchant ainsi tout ravitaillement, notamment en nourriture.

Le 1er juin 1916, le roi Constantin, après un ultimatum des Alliés, est exfiltré de Grèce et remplacé par son deuxième fils, Alexandre. Le 14 juin 1917, Venizelos forme un gouvernement à Athènes et déclare l’entrée en guerre de la Grèce contre les Empires centraux. En ces conditions nouvelles mais tragiques pour les Grecs, les forces armées grecques retournent sur le front macédonien pour faire sentir leur présence jusqu’à la fin de la guerre.

Participation de la Grèce à la Grande Guerre, 1917-1918

Au début mai 1917, le général Sarrail lance une attaque sur les secteurs du Dojran, de Skra et la rivière Dobro Polje-Cerna (Erigon). Dans le secteur de Huma-Skra, la division d’infanterie grecque de Serrès participe à l’attaque. C’est l’une des trois divisions (Serrès, Archipels et Crête, appartenant au Corps d’armée de la défense nationale) formées par le gouvernement provisoire de Thessalonique. Les hommes se battent avec courage et arrivent à capturer le ravin et les hauts du chemin de fer au sud de la ville de Gevgelija. Néanmoins, l’attaque plus générale des Alliés échoue, provoquant de lourdes pertes. Entre-temps, après l’unification de l’État grec en juin 1917, le gouvernement de Venizelos, après des mois de travail acharné, forme et entraîne sept nouvelles divisions d’infanterie (les numéros I, II et XIII du 1er Corps d’armée, et les numéros III, IV et XIV du 2e Corps d’armée, ainsi que le IX de l’Épire), et au printemps 1918, l’Armée hellénique compte donc dix divisions.

À la fin mai 1918, le Corps d’armée de la Défense nationale, avec les divisions Serrès, Archipels et Crête sous son commandement, mène une importante offensive pour éliminer la présence bulgare lourdement fortifiée à Skra. Lors de la bataille de Skra-di-Legen, la principale attaque est menée par la division Archipel le 30 mai 1918, après un bombardement préparatoire de vingt-quatre heures par plus de 120 canons. Les combats sont féroces et les pertes, importantes, dont 450 Grecs tombés au combat et 2 200 blessés. Mais les forces grecques triomphent, prennent et gardent la position ennemie tout en capturant 2 000 prisonniers bulgares, trente-deux canons et douze mortiers de tranchées. Avec la victoire de Skra, l’Armée hellène regagne sa bonne réputation aux yeux de l’Entente. En outre, c’est la première offensive alliée réussie dans ce théâtre d’opérations depuis la chute de Monastir en novembre 1916.

En juin 1918, le front macédonien est situé de l’ouest à l’est, sur la ligne Verati–Ohrid–Prespa–Monastiri–Dojrani–DovaTepe–lac Achinos–golfe de Strymonique. Au total, vingt-neuf divisions alliées (huit françaises, quatre britanniques, six serbes, une italienne et dix grecques) sont positionnées sur ce front sous le commandement du nouveau chef d’état-major, le général François d’Espèrey. Contre ces forces, comptant en tout 289 bataillons d’infanterie, les Autrichiens, Allemands et Bulgares déploient quatre armées fortes de 263 bataillons d’infanterie, laissant les Alliés avec une modeste supériorité numérique. Le plan définitif d’offensive alliée exige une importante préparation par l’artillerie dans le secteur montagneux de Skol-Veternik et une attaque de huit divisions en deux échelons dans l’axe Kozjak-Gradsko-Skopje (Uskub).

Des attaques secondaires allaient être menées au lac Dojran et dans la vallée du Strymon pour leurrer l’ennemi et épuiser ses réserves. Le 14 septembre 1918, l’attaque alliée est lancée après un barrage de 570 canons qui a duré toute une journée, ainsi que l’intervention de l’ensemble de l’aviation alliée dans le théâtre. Dès les premiers jours, une brèche de 20 kilomètres de large et de 8 kilomètres de profond est ouverte sur le front bulgare. Le 35e régiment d’infanterie grec participe à l’attaque principale. Le 18 septembre, une avancée alliée secondaire sur Dojran est lancée par deux divisions britanniques et deux divisions grecques, mais avec un succès limité, hormis l’épuisement des réserves de l’ennemi, ce qui reste un important objectif. Le même jour, une percée complète du front germano-bulgare est réussie au mont Kozjak, suivie d’une rapide exploitation de l’ouverture par les Alliés le long de la vallée de l’Axios. Ainsi commence une avancée générale dans le territoire de la Serbie, poursuite à laquelle participent les dix divisions grecques. La division III finit par pousser aussi loin que le Danube, participant ainsi à l’expulsion complète de l’ennemi du territoire serbe. Sous ces conditions, et pendant que l’armée bulgare se désintègre, la Bulgarie demande l’armistice le 26 septembre 1918 et dépose les armes. La Turquie fait de même le 30 octobre, avec l’armistice de Mudros signée sur l’île grecque de Lemnos, qui met fin aux hostilités et obtient la reddition de ses forces militaires.

Ten pilots posing

Victimes militaires grecques

Pendant les batailles qui ont mené à des percées sur le front macédonien, les pertes grecques se chiffrent à 5 259, dont 773 soldats tombés au combat. Ainsi, pendant cette bataille ultime, l’armée hellène contribue à hauteur de 34 % des forces alliées et souffre la moitié des pertes alliées. Néanmoins, là n’est pas la seule contribution des forces grecques. Parmi les navires marchands alliés coulés en Méditerranée, la flotte marchande hellène est celle qui connaît le plus de pertes. La flotte militaire légère de la Grèce compense largement le manque de destroyers alliés en Méditerranée orientale et se montre capable de mener une guerre sous-marine. Ses navires les plus efficaces, les destroyers de classe « Aetos », se distinguent dans les patrouilles des Dardanelles. En outre, l’aviation hellène, divisée en aviation comme telle et en aviation de la Marine, se développe aussi beaucoup pendant la guerre. L’aviation participe activement au front macédonien avec trois escadrons, les numéros 531 à 533, et quarante-cinq avions. L’aviation de la Marine grecque, quant à elle, se distingue lors d’opérations dans le ciel de Macédoine et de l’Égée septentrionale à partir des bases aériennes de Moudros à Lemnos, de Stavros en Chalcidique, de Thasos, et de Legrena en Attique. En 1918, l’aviation navale s’élargit et compte quatre escadrons (H1 à H4, H signifiant hellénique). Parmi les exploits de ses équipages, mentionnons la destruction de trois trains de munitions à Drama le 31 mars 1917 et le bombardement répété des croiseurs allemands Goeben et Breslau battant pavillon ottoman le 20 janvier 1918 dans les Dardanelles, les empêchant ainsi de naviguer. Pendant les combats tournoyants au-dessus des navires ennemis, le pionnier grec de l’aviation, le commandant Aristeides Moraitinis, un vétéran des Guerres balkaniques, abat deux avions ennemis, malgré leur avantage numérique. En 1918 Moraitinis, le seul « as » grec de l’aviation, perd la vie lors de l’écrasement de son avion dans de mauvaises conditions météorologiques près du mont Olympe. Quatorze autres aviateurs grecs sont fauchés pendant la guerre.

La participation de la Grèce aux efforts de guerre des Alliés en Macédoine et dans l’Égée, avec des forces navales et aériennes puissantes, lui vaut un siège à la table des négociations de paix de Paris en 1919, où Venizelos fait la promotion des revendications grecques sur la Thrace et sur l’Asie mineure. Le coût humain de la Première Guerre mondiale est pour la Grèce de 23 564 soldats et de 496 officiers tués, disparus ou ayant succombé à leurs blessures, et encore plus, à des maladies épidémiques.