Soldiers and nurses celebrate Christmas in their hospital ward

Canada à la guerre

En 1914, dans un climat de nationalisme intense et de rivalité impérialiste, la guerre éclate en Europe. Ce qui n’était au départ que l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand par un Serbe en Bosnie en juillet 1914 déclenche un jeu de traités et d’alliances internationaux. En quelques mois, l’Allemagne, la France, la Grande-Bretagne, la Russie, la Belgique, l’Italie, le Japon, l’Autriche-Hongrie, le Canada, l’Australie, l’Afrique du Sud, l’Inde, la Nouvelle-Zélande, le Dominion de Terre-Neuve, la Grèce et autres sont tous en guerre.

Les combats atteignent rapidement des proportions que personne n’aurait pu imaginer. Le conflit se propage à de nombreuses régions du monde et sera éventuellement connu sous le nom de « La Grande Guerre ». Les combats sont d’une ampleur et d’un acharnement sans précédent : quand les fusils se taisent enfin le 11 novembre 1918, 9,5 millions de personnes ont été tuées et les lignes du front occidental en Europe sont à peu de chose près au même endroit qu’au départ. Le Canada était une petite nation de 7 millions d’habitants en 1914 et pourtant 68 000 d’entre eux ne rentreront jamais des champs de bataille.

En 1919, la Conférence de paix de Paris dresse des traités et révise des frontières nationales qui dans bien des cas ravivent les tensions nationales. Nous vivons encore aujourd’hui avec les conséquences politiques de ces décisions. La Conférence de paix de Paris décide aussi des « réparations » ou punitions économiques, dues par une Allemagne défaite qui doit payer pour la mort et la destruction qu’elle a semées.

À la Conférence de paix, le président américain Woodrow Wilson insiste pour qu’une organisation internationale soit créée pour éviter de futurs conflits : la Société des Nations, le précurseur des Nations Unies, voit le jour. Mais le nationalisme invétéré demeure bien ancré et la Société des Nations ne reçoit qu’un appui mitigé. La Société sera incapable d’empêcher la Deuxième Guerre mondiale en 1939 qui tuera plus de 60 millions de personnes. L’Organisation des Nations Unies sera fondée en 1946.

L’expérience de la Première Guerre provoque de grands changements sociaux. Le système historique de classes sociales s’érode de plus en plus. La Commonwealth War Graves Commission (Commission des sépultures de guerre du Commonwealth) est créée pour enterrer les plus de 1,1 million de morts des pays du Commonwealth. La Commission prend la décision inhabituelle et surprenante d’enterrer les officiers et les simples soldats dans les mêmes cimetières avec peu de distinction. Les officiers provenant traditionnellement des classes dirigeantes se voyaient accorder des privilèges spéciaux même dans la mort. Au nom de l’égalité, la Commission décide que les officiers n’auront pas droit à des monuments funéraires spéciaux, mais partageront le même modèle de pierre tombale avec les autres soldats. L’achèvement des cimetières de la CWGC prendra un bon nombre d’années voire des décennies; le Canada contribue encore à leur entretien.

À leur retour de la guerre, de nombreux vétérans, ayant combattu pour la liberté à l’étranger, estiment avoir droit à de meilleurs salaires et conditions de travail chez eux. Ils s’impliquent dans les mouvements ouvriers et syndicaux. En 1919, plusieurs vétérans prennent part à la grève générale de Winnipeg, mais on retrouve malheureusement des vétérans des deux côtés de la violence qu’elle provoque. Il ne fait aucun doute que la révolution russe de 1917 et le rêve d’un idéal communiste contribuent aussi à l’agitation générale, mais le désir ardent pour les droits des travailleurs et l’égalité sociale est déjà très répandu.

Les Canadiennes ayant grandement contribué à la main-d’œuvre pendant la guerre en l’absence de tant d’hommes reçoivent enfin le droit de vote en 1921. Les soldats des Premières Nations atteignent une reconnaissance et un niveau d’égalité dans l’armée qu’ils n’ont pas au Canada. Plusieurs groupes minoritaires ayant combattu pour le Canada à l’étranger font face à des conditions discriminatoires une fois rentrés, conditions qui ne seront corrigées que beaucoup plus tard. Les vétérans canadiens japonais de la Première Guerre par exemple, ne deviendront citoyens canadiens qu’en 1931. Bon nombre de Québécois francophones étaient ambivalents à l’idée de combattre en Europe et la conscription, imposée par le gouvernement canadien en 1917, soulève beaucoup de ressentiment et de colère.

On dit que le Canada est devenu une nation plus confiante après la Première Guerre mondiale. Ses soldats ont gagné le respect sur les champs de bataille, particulièrement à la crête de Vimy et à Passchendaele; les politiciens canadiens et les officiers hauts gradés ont pour leur part obtenu une plus grande indépendance des commandants britanniques. Le Canada reçoit une place de nation indépendante à la Conférence de paix de Paris plutôt que de simple membre de la délégation du Commonwealth britannique.

Nous vous encourageons à explorer la diversité de l’histoire canadienne tant pendant la PGM que dans les années qui l’ont suivie. Les soldats canadiens ont combattu férocement pour leur jeune nation attirant le respect de plusieurs tant au pays qu’internationalement. Parmi les 68 000 noms canadiens présentés dans cette commémoration, 3 485 sont les noms d’hommes rentrés de la guerre, mais n’ayant pas survécu à leurs blessures. Les obsèques militaires ont continué à travers le pays jusque tard dans les années 20.

Canadian prisoners

Pensons aux troupes canadiennes de retour d’Afghanistan portant non seulement des blessures physiques, mais psychiques aussi. Comme eux, combien de soldats en 1918 ont été incapables de se réadapter et se sont enlevé la vie, ou ont continué de vivre en marge de la société? Le fils d’un vétéran canadien raconte qu’enfant, il avait vu son père lutter avec ses souvenirs : « Mon père a combattu la Première Guerre mondiale pendant le restant de sa vie. Deux ou trois fois par semaine, mon frère devait aller dans sa chambre et sauter sur sa poitrine pour le réveiller. »

Combien de chômeurs sans abri, d’itinérants, pendant la cruelle dépression des années 30, étaient en fait d’anciens soldats? Il est intéressant de noter que malgré les critiques formulées par les vétérans au sortir de la PGM, plusieurs n’ont pas hésité à s’enrôler quand la Seconde Guerre mondiale a éclaté en 1939. L’histoire du Canada est marquée par les succès et les misères de ses soldats lors de la PGM : un épisode sans précédent de notre histoire.

La construction du Mémorial de Vimy en France demeure peut-être le plus important hommage canadien à nos défunts de la PGM. Ce mémorial, dont la construction s’est terminée 18 ans après la fin de la guerre et qui fut critiqué à cause des dépenses gouvernementales jugées excessives, est maintenant reconnu mondialement. La conception du sculpteur torontois, Walter Allward, avec ses tours élancées et la puissante figure de Mère Canada qui pleure ses fils, surprit les Canadiens. Le monument, couronné par la figure de la Paix, est une réussite tant artistiquement que comme commémoration.

Le Canada d’aujourd’hui est bien différent de celui de 1914. Des vagues successives d’immigration ont amené des citoyens de tous les pays et de toutes les cultures à se joindre à notre nation. Le Monde Se Souvient tient à ce que l’esprit d’inclusion qui unit le Canada d’aujourd’hui se trouve reflété dans l’honneur accordé à chaque nom projeté pendant ce projet.

Il ne reste aucun soldat de la PGM. Le dernier vétéran canadien est mort en 2009 à l’âge de 109 ans fermant ainsi à tout jamais le livre de l’histoire vivante. Il nous reste les photos, les archives, les lettres et les enregistrements de voix plus âgées quand le monde a enfin demandé aux hommes de parler de cette guerre. Nous ne devons pas les oublier, ni eux ni le combat qu’ils ont livré. La terre de Belgique et de France n’a pas oublié. Les batailles de Passchendaele, de la Somme et de Verdun furent si intenses et si longues que plus de 100 000 corps n’ont jamais été retrouvés. Chaque printemps, des restes humains refont surface dans les champs belges et français et sont inhumés dans un des quelque 6 000 cimetières militaires. Nous ne devons pas oublier, car nous sommes liés à eux par l’histoire. Les familles et les descendants de ces 68 000 Canadiens et Québécois doivent savoir que nos cœurs et notre histoire se souviennent d’eux.

Pour plus d’informations sur les Canadiens de la PGM, nous vous proposons de visiter le Mémorial virtuel de guerre du Canada au http://www.veterans.gc.ca/fra/remembrance/memorials/canadian-virtual-war-memorial; la Bibliothèque et Archives Canada au http://www.bac-lac.gc.ca/fra/Pages/accueil.aspx; le site du Musée de la guerre http://www.museedelaguerre.ca/accueil/; Historica Canada au https://www.historicacanada.ca/fr; Histoire Canada au http://www.histoirecanada.ca/Accueil?lang=fr-ca; l’Office national du film au https://www.onf.ca. Voir aussi le http://www.laforteresse.ca/le-royal-22e-regiment.html  à propos du seul régiment canadien-français, le Royal 22e; http://www.lequebecetlesguerres.org/article/premiere/, un site à propos du Québec et des guerres; une série radio d’ICI Radio Canada narrée par Claude Legault: http://ici.radio-canada.ca/special/guerre_14-18/serie.shtml; la collection d’images du Musée McCord au http://www.mccord-museum.qc.ca/scripts/explore.php?Lang=2&tableid=11&tablename=theme&elementid=8__true; Ancestry au http://www.ancestry.ca; le site belge, In Flanders Fields au http://www.inflandersfields.be/fr ou en anglais seulement la Commission des sépultures de guerre du Commonwealth au www.cwgc.org et le Musée impérial de guerre de Londres au http://www.iwm.org.uk/