
L’Australie à la guerre
Lorsque la Grande-Bretagne déclara la guerre à l’Allemagne, en août 1914, l’Australie, en sa qualité de dominion de l’Empire britannique, entra automatiquement en guerre elle aussi. Bien que des milliers de citoyens se soient immédiatement portés volontaires, la plupart des hommes qui rejoignirent les rangs de l’Australian Imperial Force, la force impériale australienne, en août 1914, furent d’abord été envoyés en Égypte, et non en Europe, afin de contrer la menace que l’Empire ottoman, nouvel état belligérant, représentait pour les intérêts britanniques au Moyen-Orient et dans le canal de Suez.
À l’issue d’un entraînement de quatre mois et demi à proximité du Caire, les soldats australiens, accompagnés de troupes néozélandaises, britanniques et françaises, prirent la mer en direction de la péninsule de Gallipoli. Le 25 avril 1915, l’armée australienne débarqua dans ce qui fut connu par la suite sous le nom de baie ANZAC, où elle établit une position quoique fragile sur les pentes escarpées surplombant la plage. Durant les premiers jours de la campagne, les alliés tentèrent de percer les lignes turques, tandis que les soldats turcs s’efforçaient de repousser les troupes alliées et de les chasser de la péninsule. Les tentatives de chaque côté se soldèrent par un échec, donnant lieu à une situation sans issue qui persista tout au long de l’année 1915. De fait, l’opération de la campagne qui rencontra le plus grand succès s’avéra être l’évacuation à grande échelle des troupes, les 19 et 20 décembre. Résultat d’une opération soigneusement préparée visant à tromper l’ennemi, les Turcs se trouvèrent dans l’impossibilité d’infliger aux troupes en désengagement des dégâts plus importants que simplement quelques blessés.
Après la campagne de Gallipoli, l’AIF fit l’objet d’une réorganisation doublée d’une augmentation de ses effectifs, passant de deux à cinq divisions, lesquelles furent transférées progressivement vers la France au début du mois de mars 1916. Les Light Horse Regiments, des régiments de troupes montées qui avaient servi de renforts à l’infanterie durant la campagne de Gallipoli, restèrent au Moyen-Orient. Lorsque les autres divisions de l’AIF arrivèrent en France, la guerre sur le front occidental avait depuis longtemps atteint une impasse, les armées adverses s’affrontant l’une l’autre depuis les systèmes de tranchées qui s’étendaient de la Manche à la frontière suisse en passant par la Belgique et le nord-est de la France. Le développement des mitrailleuses et de l’artillerie favorisa les opérations défensives et offensives, aggravant l’impasse, qui persista jusqu’aux derniers mois de la guerre.
Pendant que la bataille se poursuivait tout au long de l’année 1916 et de l’année 1917, les troupes australiennes et les autres armées alliées attaquèrent à maintes reprises les tranchées allemandes, précédées de bombardements d’artillerie massifs visant à percer les fils barbelés et à détruire les défenses ennemies. Après ces bombardements, des troupes d’infanterie émergeaient par vagues des tranchées, s’engageant dans le no man’s land en direction des positions ennemies. Protégés par d’épais bunkers lourdement armés, les survivants allemands étaient souvent capables de repousser les attaquants avec des tirs de mitrailleuses et l’appui de l’artillerie à l’arrière. Ces attaques n’offrirent le plus souvent que des gains de territoire mineurs, en plus d’être systématiquement suivies d’une contre-attaque allemande. Bien que ce type de stratégie militaire favorise les armées défensives, les deux côtés subirent de lourdes pertes. En juillet 1916, les troupes australiennes découvrirent ce type de combat à Fromelles, où ils eurent à déplorer 5 533 victimes en 24 heures. À la fin de l’année, environ 40 000 Australiens avaient perdu la vie ou été blessés sur le front occidental. En 1917, 76 836 Australiens de plus tombèrent lors de batailles telles que Bullecourt, Messines et la campagne de quatre mois menée dans la région d’Ypres, appelée bataille de Passchendaele. En dépit de ces pertes, et malgré deux plébiscites infructueux en vue d’introduire la conscription en Australie, l’Australian Imperial Force demeura une armée constituée exclusivement de volontaires.

En mars 1918, l’armée allemande lança l’offensive du Printemps, espérant une victoire décisive avant que la puissance industrielle des États-Unis puisse être entièrement mobilisée en appui aux Alliés. Dans un premier temps, l’offensive allemande connut un franc succès, permettant à l’armée d’avancer de 64 kilomètres au-delà des lignes de la bataille de la Somme de 1916, mais l’attaque finit par perdre son élan. Au moment précis où l’impasse des années précédentes commençait à se résorber, Sir John Monash, lieutenant-général australien, fut nommé commandant du Corps australien tout juste constitué et dirigea les troupes australiennes dans les batailles qui ont mené aux victoires importantes des derniers mois de la guerre. Après l’échec de l’offensive allemande, les armées alliées lancèrent leur propre contre-offensive, combinant infanterie, artillerie, chars et aéronefs avec beaucoup de succès, comme le démontra la capture par les soldats australiens du Hamel le 4 juillet 1918, sous le commandement de Monash. À partir du 8 août, cette offensive contribua au succès d’autres opérations australiennes au mont Saint-Quentin et à Péronne, et à la capture de la ligne Hindenburg. Début octobre, après l’attaque de Montbrehain, les divisions australiennes se retirèrent du front afin de permettre aux soldats de se reposer et de se rééquiper; ceux-ci s’apprêtaient à revenir au combat lorsque l’Allemagne signa l’Armistice le 11 novembre.
Les troupes australiennes postées au Moyen-Orient menèrent une guerre mobile contre l’Empire ottoman dans des conditions complètement différentes de celles du front occidental, marquées par la boue et l’immobilisme. Les troupes montées de l’Australian Light Horse et de l’Imperial Camel Corps durent composer avec des chaleurs extrêmes, un terrain difficile et des pénuries d’eau perturbantes; le nombre de victimes, toutefois, fut relativement faible par comparaison, s’élevant à 1 394 Australiens tués ou blessés au cours des trois années qu’a duré le combat. La guerre du désert commença en 1916, quand les troupes australiennes prirent part à la défense du canal de Suez et à l’action alliée visant à reprendre le désert du Sinaï. L’année suivante, les troupes australiennes participèrent à l’intervention de l’armée britannique en Palestine qui permit la capture de Gaza et de Jérusalem; en 1918, elles s’étaient emparées du Liban et de la Syrie et entraient à Damas. Le 30 octobre 1918, la Turquie demandait la paix.
Les soldats australiens servirent également en mer et dans les forces aériennes. Sous le commandement de la marine royale britannique, la British Royal Navy, la Royal Australian Navy (RAN), c’est-à-dire la marine royale australienne, remporta une importante victoire au début de la guerre, lorsque le HMAS Sydney détruisit le croiseur allemand SMS Emden près des îles Cocos (Keeling), en novembre 1914. La Grande Guerre fut le premier conflit armé à avoir recours aux aéronefs; quelque 3 000 aviateurs australiens servirent au sein de l’Australian Flying Corps au Moyen-Orient et en France, principalement en qualité d’observateurs ou d’appui aérien pour l’infanterie.

Les femmes australiennes se portèrent volontaires pour occuper des rôles auxiliaires : cuisinières, infirmières, chauffeurs, interprètes, ouvrières aux munitions ou ouvrières agricoles. Et bien que le gouvernement ait, en règle générale, refusé que des femmes issues d’autres professions servent outre-mer, il accepta l’entrée des infirmières dans les forces armées. Les infirmières australiennes servirent ainsi en Égypte, en France, en Grèce et en Inde, souvent dans des conditions difficiles ou à proximité du front, où elles étaient exposées aux pilonnages et aux bombardements, ainsi qu’aux épidémies.
Les conséquences de la guerre se faisaient sentir en Australie également. Les familles et les communautés pleuraient la perte de tant d’hommes, et avec le temps, la responsabilité tant physique que financière de faire vivre la famille revint progressivement aux femmes. Le déclenchement de la guerre vit également la naissance de l’antigermanisme, et bon nombre d’Allemands vivant en Australie furent envoyés dans des camps d’internement. La censure et la surveillance, considérées par beaucoup comme une excuse pour réduire au silence des opinions politiques qui n’avaient aucune incidence sur l’issue de la guerre, s’accrurent à mesure que le conflit se poursuivait. La fracture sociale s’intensifia également, atteignant son paroxysme lors des référendums amèrement contestés (et infructueux) sur la conscription tenus en 1916 et 1917. Lorsque la guerre prit fin, des milliers de militaires, hommes et femmes, bon nombre souffrant de blessures physiques ou émotionnelles, durent être réintégrés dans une société impatiente de reléguer la guerre aux oubliettes et de reprendre une vie normale.
Pour l’Australie, la Première Guerre mondiale demeure le conflit le plus coûteux en termes de décès et de victimes. Sur une population de moins de cinq millions de personnes, 416 809 hommes se sont engagés, et plus de 60 000 sont décédés et 156 000 ont été blessés, gazés ou faits prisonniers.