L’Empire ottoman et la Grande Guerre

L’Empire ottoman a été l’une des grandes puissances belligérantes pendant la Grande Guerre, événement marquant du siècle dernier, qui a sonné l’avènement de l’époque contemporaine. L’Empire a rejoint la guerre le 29 octobre 1914 et a capitulé le 30 octobre 1918, presque quatre ans plus tard jour pour jour.

Les origines du conflit pour les Ottomans

L’Empire ottoman estimait que la participation à la Première Guerre mondiale lui avait été imposée. En effet, en 1907, quand la Grande-Bretagne s’est alliée à la Russie, l’Empire s’est retrouvé face à une impasse stratégique. Souhaitant avoir accès à des ports libres de glace pour sa marine dans la mer Noire, la Grande-Bretagne s’est rangée du côté de la Russie, qui convoitait l’occupation de la capitale de l’Empire, Constantinople. Par cette alliance, la Grande-Bretagne est devenue une adversaire des Ottomans.

Pourtant, un demi-siècle plus tôt, les Britanniques avaient tenté d’empêcher les Russes d’assaillir Constantinople et s’étaient battus contre la Russie aux côtés de l’Empire ottoman pour cette raison pendant la guerre de Crimée. Toutefois, dans l’objectif de contrer la montée en puissance de l’Allemagne au début du XXe siècle, la Grande-Bretagne a réorienté sa politique étrangère, modifiant ainsi les dynamiques de rivalité entre les grandes puissances. Même si la Grande-Bretagne et la France avaient conclu une alliance (« l’Entente ») en 1904, l’armée britannique demeurait limitée en effectifs et jugeait la puissance militaire de la Russie nécessaire pour contenir l’Allemagne. À la base, l’alliance franco-britannique visait d’abord à encercler la « possible nouvelle menace » que représentait l’Allemagne, puis à la contenir. L’alliance de la Grande-Bretagne avec d’anciens adversaires, d’abord avec la France en 1904, puis avec la Russie en 1907, a bouleversé les rapports de force.

Une condition de l’alliance entre la Grande-Bretagne et la Russie était que Constantinople soit promise au tsar russe comme glavni priz (grand prix) s’il réussissait d’abord à faire entrer l’Empire ottoman dans la guerre, puis contribuait à son écroulement. Advenant l’effondrement de l’Empire ottoman, la Grande-Bretagne avait aussi le désir de s’emparer de la Palestine et de la région que l’on appelait alors le « Croissant fertile » (comprenant des parties de plusieurs pays actuels : l’Irak, la Jordanie, le Liban, Israël et la Syrie). Elle avait donc plusieurs raisons de souhaiter la participation de la Sublime Porte, expression utilisée pour désigner le gouvernement ottoman, à cette guerre qui pouvait permettre l’expansion territoriale de l’Empire britannique.

L’Empire ottoman détenait un pouvoir stable depuis cinq siècles. C’était un État musulman bien établi sous un sultan et un calife. Dans l’Empire, un large éventail de groupes ethniques et linguistiques cohabitaient selon le système du Millet (nations), soigneusement conçu et maintenu, qui a conféré à ses nombreux groupes diversifiés une grande autonomie juridictionnelle pendant des centaines d’années. Le système du Millet accordait une liberté de culte et une autonomie non territoriale à ces groupes et mettait les Juifs de l’Empire ottoman à l’abri de la persécution religieuse et des traitements hostiles, qu’ils avaient subis dans de nombreuses régions d’Europe dans les siècles précédents. Le système du Millet, qui tolérait la diversité religieuse et culturelle, a permis d’intégrer des groupes non musulmans au tissu social et économique de l’Empire.

Il était malgré tout encore possible de voir ce système comme une domination des musulmans sur les chrétiens, un point que les adversaires politiques de la Sublime Porte ont souvent mis en avant pour servir leurs intérêts. Lorsqu’il était question d’enjeux de sécurité intérieure et publique, l’Empire ottoman était parfois la cible de campagnes de propagande dénonçant des atrocités, utilisées pour justifier l’intervention d’autres parties. Alors que l’Empire ottoman acceptait les groupes non musulmans, les guerres libyennes et balkaniques ont été marquées par un nettoyage ethnique des musulmans de 1911 à 1913. L’Empire a aussi perdu des territoires pendant ces conflits.

Soldiers

Les tentatives des Ottomans d’adhérer à l’Entente

En septembre 1908, le gouvernement ottoman a demandé l’aide de la Grande-Bretagne pour moderniser et restructurer la marine de l’Empire, puis pour renforcer les moyens de défense au détroit des Dardanelles permettant d’accéder à la mer Noire. En octobre, deux amiraux britanniques ont été affectés à la marine ottomane pour travailler sur les différents aspects de la modernisation de la marine.

Cependant, au début du mois d’aout 1914, les cuirassés Sultan Osman et Reshadiye, nouvellement construits, achetés et payés par les Ottomans à Vickers et à Armstrong en Grande-Bretagne, ont été confisqués par les Britanniques au moment où 500 marins turcs arrivaient par bateau à vapeur à Newcastle upon Tyne pour les ramener au bercail. Aucune forme de dédommagement n’a été promise. À l’entrée en guerre de la Grande-Bretagne, les Ottomans ont appris que leur autre cuirassé de première classe était toujours en construction en Grande-Bretagne, de même que des torpilleurs, des contre-torpilleurs, des sous-marins à deux hélices et un quai flottant. Le refus soudain des cuirassés Sultan Osman et Reshadiye aux Ottomans est donc survenu à un moment très critique. La Sublime Porte croyait jusqu’alors être une alliée de la Grande-Bretagne. Cette décision britannique a poussé le gouvernement ottoman à nouer une alliance défensive avec l’Allemagne, qui a finalement été conclue le 2 aout 1914, mais gardée secrète, parce que la Sublime Porte souhaitait éviter toute réaction des nations de l’Entente.

Selon l’accord défensif signé avec l’Empire allemand, l’Empire ottoman souhaitait garder officiellement une position neutre dans le conflit entre l’Autriche-Hongrie et la Serbie. L’alliance germano-ottomane concernait principalement la Russie, déclarant que toute intervention militaire de la Russie provoquerait un casus fœderis non seulement pour l’Allemagne contre l’Autriche-Hongrie, mais aussi pour l’Empire ottoman contre la Russie. Aucune partie de l’accord ne prévoyait de mesures ou d’actes dirigés contre la Grande-Bretagne ou la France. Au fond, la Sublime Porte cherchait une protection de son intégrité territoriale face aux ambitions des nations de l’Entente. Cependant, le partage des territoires ottomans demeurait l’un des objectifs des nations de l’Entente. En ce sens, le gouvernement britannique à Londres a rejeté les propositions d’alliance des Ottomans, sans tenir compte du désir de l’Empire de rester neutre et de rester à l’écart de la guerre.

Il est devenu évident que les nations de l’Entente voulaient se partager l’Empire et les Ottomans n’avaient guère d’autres choix que d’entrer dans le conflit. Toute possibilité de neutralité pour la Sublime Porte était écartée. Elle avait maintenant besoin de fonds, de munitions et d’alliés pour se défendre contre des États hostiles déterminés à se diviser ses territoires.

De plus, les tensions ont commencé à monter concernant le projet de construction d’un nouveau chemin de fer reliant Berlin et Bagdad, auquel la Grande-Bretagne avait refusé de participer. Le tracé proposé devait relier Berlin à Bagdad, puis continuer vers le sud jusqu’au golfe Persique. Certaines nations voyaient ce projet comme un moyen de développer les échanges commerciaux régionaux en échappant au contrôle britannique, tandis que d’autres entrevoyaient des applications militaires qui profiteraient à l’Allemagne. La Grande-Bretagne avait construit des chemins de fer à travers le monde, mais n’avait jamais donné le feu vert à d’autres nations pour en faire autant, surtout lorsque les voies ferrées menaient à des ports de mer. Dans ce contexte de guerre, la Serbie compliquait aussi le projet de chemin de fer reliant Berlin et Bagdad. L’Entente voulait exclure la Serbie du tracé du chemin de fer, de peur d’offrir aux Serbes une porte d’entrée vers l’Europe.

L’entrée en guerre de l’Empire

Il est devenu de plus en plus évident que Constantinople avait été promise à la Russie tsariste comme prix de guerre. Quelques semaines avant que l’Empire ottoman ne déclare la guerre le 29 octobre 1914, la Grande-Bretagne avait bloqué Bassorah et le détroit des Dardanelles. Plus tôt en aout, le tsar russe avait ordonné au gouverneur général du Caucase de se préparer à inciter la population à la révolte et à l’insurrection dans les provinces turques adjacentes, y compris à armer les rebelles là-bas.

Au début de la guerre en aout 1914, lorsque des éléments de la flotte méditerranéenne britannique ont tenté d’intercepter le cuirassé allemand SMS Goeben et le croiseur léger SMS Breslau, les navires allemands ont échappé aux Britanniques et ont pénétré dans le détroit des Dardanelles. À leur arrivée à Constantinople, ils ont été remis à l’Empire ottoman et rebaptisés Yavuz Sultan Selim et Midilli. L’amiral allemand Souchon a pris le commandement de la marine ottomane, puis le commandement direct du Yavuz Sultan Selim et du Midilli. Sous pavillon ottoman dans la mer Noire, ces navires ont été utilisés pour le bombardement des ports russes de Sébastopol, Odessa, Novorossiïsk et Kefe dans la mer Noire le 29 octobre 1914. Avant cette attaque, les patrouilles navales constantes de la Russie le long des côtes ottomanes de la mer Noire, ainsi que les opérations de pose de mines près des détroits turcs, avaient aggravé les tensions. Entre temps, environ 4 000 officiers, marins et soldats allemands ont été postés à terre et à bord des navires de guerre ottomans. Comme les deux anciens navires SMS Goeben et SMS Breslau rebaptisés contrôlaient la mer Noire, la marine ottomane était essentiellement sous commandement allemand. Cependant, le bombardement des ports russes par les navires de la marine ottomane a été orchestré par ceux qui souhaitaient délibérément provoquer un conflit avec la Russie, dans lequel l’Empire ottoman serait directement impliqué. Après cette attaque, la Russie a déclaré la guerre à l’Empire ottoman. L’Empire a officiellement pris part à la Première Guerre mondiale à partir du 29 octobre 1914.

Les théâtres de guerre de l’Empire

De 1914 à 1918, l’armée ottomane a combattu sur les grands fronts en Europe, en Galicie, dans la péninsule de Gallipoli, dans le Caucase, en Palestine, à Suez (campagne de Suez) et dans le Hedjaz-Yémen. Elle a aussi combattu sur de plus petits fronts en collaboration avec des forces des empires centraux, mais aussi seule, ce qui a exigé des engagements militaires colossaux, notamment en Perse, en Azerbaïdjan, en Roumanie, en Galicie et en Macédoine. L’Empire n’était pas industrialisé et disposait de ressources limitées, mais s’est démontré résilient et efficace pendant la Grande Guerre, ce qui a surpris à la fois ses alliés et ses ennemis.

L’année 1915 a été particulièrement difficile pour l’Empire ottoman, qui luttait alors pour sa survie. Il s’est retrouvé face à l’une des plus importantes opérations amphibies de l’histoire dans la péninsule de Gallipoli, sur le front ouest, en même temps qu’il a été attaqué par les forces russes sur le front est. La Grande-Bretagne avait décidé de se frayer un chemin à travers le détroit des Dardanelles, en commençant par une opération navale et suivie d’un débarquement sur les plages de la péninsule de Gallipoli. Les batailles à Gallipoli ont duré plus de huit mois et se sont terminées par une défaite des Alliés, ce qui a compromis leurs plans d’étendre la guerre à d’autres régions de l’Empire ottoman, notamment en Syrie-Palestine et au Hedjaz-Yémen.

Cela étant dit, en 1915, les Britanniques ont aussi traversé la péninsule d’Arabie, incitant à la révolte et au blocus des côtes. Les Russes ont envahi les provinces orientales de l’Empire ottoman, progressant simultanément à l’insurrection locale des groupes non musulmans de l’Empire. En avril 1915, le traité de Londres a été signé entre les nations de l’Entente et l’Italie (et gardé secret), suivi en janvier 1916 par les accords Sykes-Picot. Ces traités, présumant que l’Empire serait vaincu, prévoyaient la division des territoires ottomans entre la Grande-Bretagne, la France, la Russie et l’Italie.

La Grande-Bretagne s’inquiétait des conséquences négatives, dans le monde musulman, de la défaite des Alliés dans la péninsule de Gallipoli. Afin de retrouver leur supériorité, surtout en Inde et dans d’autres colonies musulmanes, les décideurs britanniques ont planifié de nouvelles attaques au Proche-Orient. La grande bataille suivante entre les Ottomans et les Britanniques a eu lieu à Kut-el-Amara, au sud de Bagdad. Après leur triomphe dans la péninsule de Gallipoli, les Ottomans ont déployé deux divisions militaires expérimentées au théâtre du Proche-Orient, renversant ainsi le rapport de force militaire en leur faveur. Lorsque les Britanniques ne sont pas parvenus à percer les lignes ottomanes à Selman Pak, près de Bagdad, ils se sont retirés à Kut-el-Amara. Le long siège ottoman des positions britanniques à Kut-el-Amara, qui a duré du 3 décembre 1915 au 29 avril 1916, a porté fruit et a mené à la capitulation d’environ 13 300 soldats alliés, dont plus de 7 000 appartenaient à l’armée indienne britannique.

Après les défaites des Alliés à la péninsule de Gallipoli et à Kut-el-Amara, le gouvernement britannique craignait une montée du sentiment de solidarité entre les peuples musulmans et des révoltes possibles dans le monde arabe et en Inde. Londres a dû se résoudre à ordonner des soulèvements dans la péninsule arabique contre les Ottomans et à tenter de rallier la Grèce à l’Entente. Même si le roi Constantin Ier de Grèce et son gouvernement souhaitaient rester neutres, la Grande-Bretagne était déterminée à ce que le plus grand nombre possible de nations neutres se rallient de son côté dans ce conflit. Le 1er juin 1916, le roi Constantin Ier de Grèce a été démis par des factions grecques en faveur de l’adhésion à l’Entente, ce qui l’a contraint à quitter le pays. Les nations de l’Entente promettaient d’offrir à la Grèce un territoire en Anatolie si elle rejoignait l’alliance, ce qu’elle fit le 15 juin 1917.

L’effondrement de la Russie tsariste en 1917 à la suite de la Révolution d’octobre a apporté un certain soulagement à l’Empire ottoman. Les bolcheviks avaient répudié tous les engagements du tsarisme, de sorte que Constantinople n’était plus considérée comme le glavni priz de la Russie. Cependant, l’armistice conclu entre les Ottomans et les Britanniques le 30 octobre 1918, que l’Empire a dû accepter, a rapidement été suivi par l’invasion de ses territoires, d’abord Constantinople au début de novembre et peu après des provinces ottomanes en Irak. Sept mois plus tard, les forces grecques occupaient la deuxième plus grande ville de l’Empire, Izmir.

L’Empire ottoman accepte l’armistice de Moudros

Le 13 novembre 1918, une armada alliée a jeté l’ancre dans le détroit du Bosphore, même si la Sublime Porte avait signé l’armistice de Moudros, qui avait imposé des conditions sévères aux Ottomans. L’Empire est alors devenu le seul des empires centraux à voir sa capitale occupée quelques jours après la signature de l’armistice. De plus, pendant l’occupation, les territoires ottomans furent répartis entre les vainqueurs par le traité de Sèvres (conclu le 10 aout 1920), ne laissant aux Turcs qu’une petite portion de territoire au cœur de l’Anatolie. Après cette succession de contrecoups, les Turcs étaient encore plus déterminés à se révolter et à sauver leur patrie.

La guerre d’indépendance turque et la naissance de la République de Türkiye

En 1920, Constantinople est passée d’un « prix de guerre » allié à un centre de planification de la guerre. Tandis que l’armée grecque continuait de gagner du terrain en Anatolie, l’occupation de l’Empire par les nations de l’Entente selon les accords Sykes-Picot commençait à s’essouffler, alors que les forces de la Grande Assemblée nationale de Türkiye, nouvellement créée et dirigée par Mustafa Kemal, avançaient.

Après l’armistice du 11 novembre 1918 entre les nations de l’Entente et les empires centraux, la Grande Guerre s’est poursuivie par procuration pendant plus de quatre ans entre la Grèce et l’ancien Empire ottoman; des années lourdes en pertes humaines. La signature du traité de Lausanne le 24 juillet 1923 a mis définitivement fin aux hostilités. Sous un autre angle d’analyse, nous pourrions dire que la Grande Guerre n’a ni commencé en 1914 ni pris fin en 1918 pour l’Empire ottoman. Elle a plutôt commencé en juin 1911 avec l’attaque de l’Italie contre la Libye et les guerres balkaniques qui ont suivi, et ne s’est terminée qu’après la signature du traité de Lausanne en 1923. Le préambule du traité s’ouvre ainsi : « L’Empire britannique, la France, l’Italie, le Japon, la Grèce, la Roumanie, l’État serbe-croate-slovène, d’une part, la Türkiye, d’autre part, animés du même désir de mettre fin définitivement à l’état de guerre qui, depuis 1914 a troublé l’Orient… »

Après cette guerre prolongée, ce n’est que grâce au travail d’hommes d’État visionnaires que les différends ont finalement pu être mis de côté et l’amitié instaurée entre les deux dernières nations belligérantes de la Première Guerre mondiale : la Türkiye et la Grèce. La Grande Guerre a fait souffrir les peuples vivant sous l’autorité ottomane, dépouillant l’Empire de bon nombre de ses esprits les plus brillants et talentueux. Rien que lors de la bataille des Dardanelles, l’Empire ottoman a perdu près de 30 000 diplômés d’écoles secondaires d’universités.

La République de Türkiye a été fondée le 29 octobre 1923, trois mois après la signature du traité de Lausanne. La proclamation de la République a été une réussite qui a permis à la nation d’entrer dans la modernité, devenant un pays industrieux et tourné vers l’avenir, à l’image d’un phénix renaissant de ses cendres.

L’arbitraire qui a marqué l’ordre d’après la Première Guerre mondiale continue de se faire sentir dans bien des aspects de la vie des générations actuelles. D’une façon plus générale, la Grande Guerre fait partie d’une série de grands événements qui ont façonné le cours de l’histoire et ont permis à la Türkiye de se tailler une place dans le groupe démocratique des nations d’aujourd’hui et dans l’alliance avec l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN). La vocation européenne de la Türkiye et son statut de candidate à l’adhésion à l’Union européenne en témoignent.

Y. Turan Çetiner